Faits divers : La fortune n’a pas souri à l’audacieux

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    Bassidy avait imaginé un coup plutôt original et particulièrement culotté. Il avait cependant négligé un détail pourtant évident

    Les malfaiteurs reconnaissent volontiers que pour réussir dans leur branche, il faut un minimum de chance. Surtout lorsqu’on exclut de faire recours à la violence et l’on mise surtout sur la ruse et sur un soupçon d’audace. La chance ne remplace pas le savoir-faire, mais elle donne souvent le petit coup de pouce qui fait basculer les choses du mauvais côté pour la victime. Mais il importe aussi de ne pas trop tirer sur elle comme l’a fait le « héros » de notre histoire.

    Les faits se sont passés en tout début de nuit le 10 janvier dernier. Il était environ 21 heures dans le quartier de Djélibougou. Comme dans la plupart des secteurs populaires de la capitale, l’ambiance était mitigée. Les rues n’étaient pas encore totalement désertées, mais une bonne partie des habitants avaient choisi de rentrer chez eux. Les zones les plus tranquilles étaient assez faciles à repérer. Elles se situaient là où les familles disposaient d’un abonnement à des chaînes satellitaires. En effet, il se projetait à cette heure un match de football européen dans lequel évoluait une équipe qui a sa frange de supporters à Bamako.

    Pour certains voleurs, cette attraction pour le football créait une occasion idéale pour tenter un coup qui aurait été inimaginable en temps ordinaire. C’est ainsi que Bassidy, notre personnage principal, choisit de se jeter à l’eau. Cette expression reflète bien la nature de sa tentative : il avait en effet le projet d’aller effectuer un vol dans une maison dont tous les habitants étaient bien présents et bien éveillés. Pourtant l’opération du garçon âgé d’une quinzaine d’années n’était pas aussi folle que cela. Il avait repéré une famille, celle des K. où se trouvaient de nombreux amoureux du ballon rond. Cette nuit là, tout un groupe de jeunes gens s’était agglutiné devant un poste téléviseur et le vacarme qu’il faisait en suivant le match couvrait tout bruit suspect.

    Pour s’assurer de la faisabilité de son projet, Bassidy fit deux allers et retours devant le grand portail de la concession. Il put ainsi jeter un coup d’œil dans la cour et s’assurer que les spectateurs étaient tellement concentrés sur la rencontre qu’ils ne faisaient pas attention à ce qui se passait autour d’eux. La cible de l’adolescent ? Les motos garées à quelques mètres des spectateurs. Pour s’assurer que personne ne ferait attention à lui, le garçon fit d’abord un essai à blanc.

    Il entra nonchalamment dans la cour et alla se poster tout près des téléspectateurs, comme s’il était un familier de la maison. Il resta ainsi debout quelques minutes sans s’attirer la moindre remarque. Il sut alors que le coup était jouable pour lui. Il se rapprocha donc progressivement d’une Djakarta qu’il avait repérée. De manière toujours aussi précautionneuse, il se pencha pour vérifier que l’engin n’était pas cadenassé. Puis prenant de plus en plus confiance en lui, il secoua tout doucement la moto pour s’assurer qu’il lui restait du carburant dans le réservoir.

    Ayant vérifié que la Djakarta était bonne à embarquer, le voleur voulut passer à la dernière phase de son plan. Mais il ne se rendait pas compte qu’un grain de sable s’était introduit dans la mécanique qu’il avait engagée et qu’il allait être fatal à son projet. En effet, Bassidy n’avait pas du tout prêté de l’importance au fait que la maison de des K. était une maison à plusieurs niveaux. Et qu’il était donc possible pour quelqu’un se trouvant au premier étage de suivre sans peine ce qui se passait dans la cour. Or, un membre de la famille du nom de M. se trouvait perché là haut.

    Il avait tout de suite repéré Bassidy qu’il n’avait jamais vu dans la concession alors qu’il ne manquait pas de jeunes du quartier pour venir suivre les matches de football dans la cour. Ensuite l’allure furtive de l’inconnu avait mis tout de suite en alerte le guetteur. Il n’avait pas fallu longtemps à M. pour comprendre les intentions du « visiteur ». Mais l’audace du voleur était tellement stupéfiante que l’homme choisit de le laisser faire pour s’assurer que l’indésirable voulait voler une moto. Ce fut au moment où Bassidy empoignait l’engin pour le faire sortir de la cour que M. réagit vivement. « Au voleur, au voleur » lança-t-il de toute la force de sa voix.

    UN BAROUD D’HONNEUR. La clameur fut si forte et surtout si soudaine qu’elle figea le malfrat sur place. L’effet de surprise passée, le voleur n’avait plus qu’une préoccupation, disparaître avant que le groupe des jeunes ne lui fasse un mauvais sort. Bien qu’affolé, le garçon se montra astucieux. Au lieu de prendre ses jambes à son cou pour essayer de détaler dans la rue et de se faire immanquablement rattraper, le voleur choisit de se dissimuler entre deux bâtiments de la concession, dans une zone particulièrement obscure. Pendant ce temps, M. avait dévalé les caliers pour rejoindre la foule des traqueurs. En fait, Bassidy n’avait aucune chance d’échapper aux jeunes gens qui s’organisèrent pour ratisser le terrain. Les chasseurs étaient tellement déterminés à capturer l’audacieux qu’ils débusquèrent leur gibier en quelques courtes minutes.
    Le jeune homme sera conduit au commissariat du 12 ème Arrondissement où ses poursuivants et lui furent reçus par l’inspecteur principal Sabary Koné qui était de garde cette nuit là. La déposition que fit M. était des plus accablantes. Il retraça en détails les manœuvres de Bassidy et indiqua que la moto sur laquelle le voleur avait jeté son dévolu était justement la sienne.
    Interrogé à son tour, Bassidy essaya de faire la part du feu pour se sauver. Il avoua très vite être entré dans la concession sans y avoir été invité et sans en connaître les habitants. Mais il cala sur les raisons de sa présence dans la cour. Ne voulant pas avouer qu’il s’était introduit là pour voler une moto, il donna une des réponses les plus absurdes. « J’étais allé là bas pour chasser des chats dans la cour de cette maison », soutint-il mordicus.
    Coincé par l’inspecteur principal Koné durant plusieurs minutes, le malfrat qui tentait désespérément de résister fini par craquer. Sa tentative de résistance relevait d’ailleurs du pur baroud d’honneur. Car Bassidy était confronté à un officier de police judicaire avec lequel il avait déjà eu affaire dans le passé.

    Le jeune homme avait été en effet inculpé dans une précédente affaire et avait passé devant les juges pour des faits relatifs à des coups et blessures volontaires. A l’époque il avait séjourné au centre de détention pour enfants et mineurs de Bollé. En récidiviste notoire et repéré comme tel, il avait peu de chances d’échapper à une condamnation plus sévère cette fois-ci. Sentant que toute tentative de s’en tirer en recourant à des faux-fuyants était vaine, le garçon finit par reconnaitre les faits qui lui étaient reprochés.

    Usant de la dernière arme qui lui restait et qui était celle du repentir, Bassidy s’est confondu en excuses et a affirmé regretter profondément son acte. Sabary Koné lui a notifié qu’il mettait fin à sa garde à vue, avant de le conduire devant le procureur du tribunal de grande instance de la Commune I du district e Bamako. Faut-il espérer que cette nouvelle affaire amènera le garçon à se sortir de l’ornière de la délinquance. Nous n’en prenons pas le pari, même si nous le lui souhaitons.
    MH.TRAORE

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