La transition sur le fil du rasoir : Des lendemains inquiétants

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Brusque montée d’adrénaline en cette première moitié de décembre 2020. Entre les travailleurs et les autorités de la Transition,  les positions se sont trop raidies; elles sont même au bord de la cassure.

Le nouvel an 2121 risque bien d’arriver dans une atmosphère de guéguerre au Mali. L’Untm, la centrale syndicale historique des travailleurs, a décrété sa deuxième grève pour cinq jours qui expirent ce vendredi. Si l’on s’en tient aux divers propos tenus par ses responsables, il n’est pas question de faire dans la dentelle : le gouvernement doit plier ou son échine sera courbée de force. Ce à quoi le ministre de la Fonction publique et du Travail a répondu en disant sans précautions oratoires que le gouvernement de la Transition n’a rien à offrir aux travailleurs. Cette réponse, qui a déjà manqué de pédagogie, a été alourdie par le Président de la Transition lui-même, Bah N’Daw, qui a en quelque sorte jeté de l’huile sur le feu en déclarant à Abidjan qu’il “faut être un malade mental pour aller en grève pendant cette période si difficile pour le pays”. Dans ses propos d’une raideur toute militaire, le numéro 1 de la Transition a cité nommément les administrateurs civils dont il s’est étonné de la grève. Et, dans sa verve courroucée, il a proféré des mots que l’Untm et les administrateurs civils ont assimilés à des menaces directes. L’Untm a immédiatement rompu toutes négociations avec le Gouvernement à qui les syndicats des administrateurs civils ont décoché dans la foulée une cinglante réplique.

Conséquences : le Gouvernement se retrouve bien malgré lui sur le fil du rasoir. Qu’il chancelle inconsidérément encore, il tombera dans un ravin tout ouvert. Mais s’il prend conscience qu’il est réellement sur la sellette, ses capacités de négocier s’en trouveront renforcées. Telle est la situation en attendant le retour du Président Bah N’Daw d’un périple sous-régional.

Pour l’heure, on peut dire que les autorités de la Transition ont tout gâté en engageant un bras de fer aussi frontal avec les travailleurs. Elles ont créé les conditions d’une jonction possible entre l’Untm et d’autres organisations syndicales, ce qui est déjà de facto le cas avec les syndicats des administrateurs civils. Le M5-RFP, qui n’est pas mort de sa belle mort contrairement à une folle déclaration tenue par un nouvel acteur public tonitruant, a proclamé il y a quelques jours qu’il n’est pas pour casser la Transition mais qu’il veut la rectification de la tendance prise par celle-ci pour obtenir le changement souhaité. Cette position semble être une grande aubaine à saisir.

Aboubacar Berthé

Source: Plume Libre

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