‘‘Mali, une démocratie à refonder’’ : La déprofessionnalisation de la presse

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«Il y a vingt ans, la presse africaine francophone était unanimement  courtisane. Désormais, elle est dans sa majorité, soit courtisane, soit partisane. Est-ce un progrès?»

La déprofessionnalisation de la liberté de presse au début des années 1990 s’est accompagnée d’une libéralisation, voire d’une banalisation de la profession de journaliste. Il est vrai que le moment s’y prêtait à souhait. Nous venions de sortir d’une longue période de monopole de l’État sur l’information avec toutes les tares que cela comportait. Ainsi, dès que la forteresse fut  ouverte, une masse d’individus avec des motivations variées s’y est engouffrée.

Des journaux et des radios privés ont été créés en un tour de main, et comme la nature a horreur du vide, les portes de la profession ont été grandement ouvertes à une poignée de professionnels et à une foule de non professionnels. Les premiers avaient la formation de base requise pour exercer la profession, mais ils n’étaient pas nombreux sur le marché du travail. Il a fallu recourir aux seconds qui étaient pour la plupart des jeunes diplômés à la recherche d’un emploi salarié.

Du jour au lendemain, des jeunes enseignants, juristes, ingénieurs, économistes, comptables ont  embrassé la profession sans préparation aucune. Or, comme toute profession, le métier de journaliste exige un certain savoir-faire-méthodes de collecte, de vérification, de traitement et de présentation de l’information et un certain savoir-être-code déontologique qui s’acquièrent avec une formation théorique et surtout pratique appropriée. La seule bonne volonté des nouveaux arrivants ne suffisait pas à combler leur handicap. Ils ont donc appris le métier sur le tas et ont accumulé, chemin faisant, des méprises, bénignes comme des fautes lourdes.

La précarité des organes de  presse

Quand bien même ils rempliraient une mission vitale de service public dans une démocratie, les organes de presse ne sont  pas moins  des entreprises soumises aux exigences de la rentabilité financière. Pour survivre, ces organes doivent  générer suffisamment de ressources pour couvrir leurs charges récurrentes; et pour croître, ils doivent générer suffisamment de profit pour financer des investissements à moyen ou long terme. Or, la plupart des organes de presse au Mali vivent dans une  grande précarité. Ils sont confrontés à des problèmes de survie quotidienne et la croissance demeure un rêve lointain pour eux.

Plusieurs radios et journaux privés se débattent entre la légalité et l’illégalité, entre le formel et l’informel, bref entre la vie et la mort. De  nombreux employés n’ont pas de contrats de travail en bonne et due forme; ceux qui ont des contrats ne sont pas déclarés à l’Institut national de prévoyance sociale (INPS); et pour ceux qui sont affiliés à l’INPS, les cotisations ne sont pas versées régulièrement. Les comptes sont souvent au rouge et les fins de mois difficiles à gérer: lorsque le patron paye les charges de fonctionnement (frais de location du siège, factures d’électricité et de téléphone, etc.), les maigres salaires des employés restent en souffrance; et lorsqu’il choisit plutôt de verser les salaires, les factures s’accumulent. Les conditions minimales de travail sont rarement réunies: le mobilier de bureau et les équipements ne sont pas suffisants, les moyens de déplacement  sont un luxe. On joue au cache-cache avec la loi: les déclarations d’impôts ne sont pas remplies correctement, les redevances ne sont  pas payées à temps, et on passe à la diffusion avant l’autorisation de la commission d’attribution des fréquences. Cette description est loin d’être une représentation caricaturale des conditions d’existence des organes de presse au Mali. Une visite dans quelques organes suffira pour convaincre un observateur neutre de la véracité de ce constat.

La grande précarité dans laquelle se débattent les organes de presse affecte naturellement la qualité du produit proposé aux consommateurs.  Les journaux affichent des titres accrocheurs, suivis généralement de développement étriqués et fantaisistes qui laissent souvent le lecteur sur sa faim. La couverture des évènements majeurs est inutilement rallongée pour remplir les pages: le premier plat servi aux lecteurs  est «re-chauffé» plusieurs fois de suite et servi aux mêmes lecteurs. La  narration plate des évènements prend le pas sur l’effort d’analyse et d’investigation. Le constat est valable pour les radios libres. La plupart n’a pas suffisamment de moyens pour réaliser des reportages. Elles se contentent donc de meubler le temps en commentant les articles des journaux de la place dans des revues de presse en langue nationale qui sont très prisées par le public, ou en prêtant leurs ondes à des charlatans, guérisseurs et autres faiseurs de miracles de tout acabit qui rivalisent d’astuces pour appâter la clientèle. Cette précarité expose aussi les employés des organes de presse et c’est cela le grand mal à toutes sortes de tentations. Il ya un sentiment très répandu chez les Maliens que l’on peut acheter la plume d’un journaliste de la presse écrite et lui dicter le contenu de son article, ou le micro d’un animateur de radio et lui faire débiter les propos qu’on veut. Il est courant de voir les confrontations au sein ou entre les partis, les groupements de professionnels, se transformer en batailles rangées entre journaux et radios de la place. L’argent n’est certainement  pas étranger à de tels déchainements de passions  et de tels partis pris dans la grande famille de la presse malienne.

Enfin, la précarité dans laquelle se débattent  les organes de presse conduit certains  à une mort subite ou lente. De nombreux journaux ont disparu des kiosques, soit du fait du caractère impitoyable de la loi du marché, soit parce que le vrai bailleur de fonds tapi  dans l’ombre a décidé de serrer les cordons de la bourse, soit parce que le promoteur a  obtenu un emploi plus stable et plus rémunérateur dans la fonction publique ou dans un organisme d’aide au développement. Les kiosques n’affichent plus des journaux comme Le Soudanais, Sud Info, Miroir, L’Inspecteur, L’Harmattan, Liberté, Cauris, La Cigale muselée, le Démocrate, La Griffe, Le Temps, le Vendu qu’on n’achète pas, Concorde, etc.

 

Une mauvaise compréhension du rôle de la presse

Un autre facteur non moins important est la mauvaise interprétation de l’indépendance et du rôle de la presse par les acteurs de la vie politique  et les organes de presse eux-mêmes. Les tenants du pouvoir s’emploient à intimider ou à dompter les organes de presse, selon qu’ils soient perçus comme un contre- pouvoir qui menace la stabilité du régime ou comme des alliés dont les rares velléités d’indépendance peuvent être facilement endiguées. Il faut reconnaître que de la transition à nos jours, les autorités n’ont pas montré un grand zèle à réprimer la presse privée. On peut citer parmi les cas d’arrestation de journalistes, l’interpellation de Sambi Touré du journal Nouvel Horizon en 1994 et celle de trois collaborateurs de la Radio Sido de Ségou, en 2003.

Par contre, s’il y a un domaine où les autorités ont du mal à se départir des anciennes habitudes, c’est bien dans la gestion des organes de  la presse d’État. Ceux-ci restent toujours sous la férule des princes du jour. C’est l’Office de radiodiffusion et télévision du Mali (ORTM), beaucoup plus que le journal L’Essor qui est décrié, et les griefs sont nombreux. Le principe de l’équilibre de l’information est souvent foulé aux pieds: on présente une longue interview du porte-parole du gouvernement sur la grève des opérateurs économiques, en 1992, mais on ne se soucie pas d’interviewer le président de la Chambre de commerce et d’Industrie pour recueillir sa version des faits. L’information, pour peu qu’elle soit sensible ou perçue comme telle, n’est pas traitée à chaud: les radios étrangères annoncent la mort tragique à Niafunké, dans la nuit du 4 au 5 octobre 1994 de Jean Claude Berbera de la coopération Suisse soupçonné d’avoir partie liée avec la rébellion au Nord; c’est plusieurs jours après qu’on donne lecture d’un communiqué officiel laconique sur le drame. Ce n’est pas le pouvoir seulement qui fait fi de l’indépendance de la presse et cherche à la manipuler, l’opposition commet le même pêché. Pour elle, il faut mettre les organes de presse à contribution dans la lutte sans merci engagée contre le pouvoir en place.

Ainsi, il arrive que des journaux ou des radios privés de la place se transforment en appendices ou en véritables suppôts de certains partis politiques de l’opposition. Sous prétexte d’informer le public, ils se répandent  plutôt en procès d’intention et parfois en injures contre les autorités. Certains responsables de journaux et radios privés en sont venus à jauger leur degré d’indépendance vis-à-vis du pouvoir en place par la virulence du ton et l’intensité de la critique dont leur organe fait montre en parlant des autorités.

Dans leur esprit, tel organe est plus indépendant que tel autre parce qu’il attaque plus fréquemment et discrédite sans ménagement le président de la République, le Premier ministre, le président de l’Assemblée nationale, un député influent de la majorité, un Président directeur général (PDG) d’une grande entreprise publique.

Source: Aly CISSÉ, ‘‘Mali, une démocratie à refonder’’

 

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1 commentaire

  1. Every democracy in Negroid Africa is democracy that need to be rebuilt to being African Democracy. Error forced upon Negroid Africans through wonders of psychological enslavement by conquerors plus enslavers who conquered our ancestors with assistance from traitors among them is to embrace plus try to copy foreign democracies as form of governance. Foreign democracies are fraudulent plus reliant upon exploiting other nations to obtain huge amount of financial resources needed to keep them going. Foreign democracies have concealed most effectively their exploitation of Africa to obtain massive amount of wealth needed to keep them going. Maybe it is too embarrassing to Negroid African governments to admit those actions are ongoing. Foreign nations in truth citizenry do not care where or how they get wealth instead citizenry only care that they timely get it plus secret in this condition is no one is to admit this condition exist. It show civilization have evil actions that make all existing for them possible. Thereafter glorious history may be written plus passed on about how their democracy righteously built plus maintain living conditions they possess. Damn lie if lie every existed or exist. Psychological enslavement have Negroids having visited or lived in these foreign democracies embracing foreign democracies lies as being truth. Subconsciously it is accepted by those Negroids that some group need be exploited for sake of developing foreign democracy. Unfortunately there is no one for African Negroids to exploit for sake of building foreign style democracy as Negroids have been exploited for foreigners to build their democracy. Therefore it is clear foreign style democracy is not in Negroid African best interest or ability to survive having world class modern lifestyle. However, one democracy that serve Negroids well is still available plus will be most productive of any democracy for African Negroids if we correct it’s vulnerabilities. Vulnerabilities are lack of unity for sake of security, lack of widespread modern education for all imposed by law, governing structure that is, inclusive, transparent, hold leaders accountable, limit nepotism, plus obligate guidelines be adhered too unless emergency exist having immediate solution not within guidelines plus require fulfillment of duties on annual basis or immediate removal from office.
    Lack of unity destroyed us plus reduced once world most educated people to becoming world most uneducated as group. Therefore unbreakable military unity is essential plus if necessary should be achieved by any means necessary. Foreigners oppose this being their democracies are reliant on keeping Negroid African leaders selfish plus unwilling to take responsibility for their brothers plus sisters Negroid African leaders to degree they will not act as in best interest of Negroid Africans. That is key to lack of unity Negroid Africa now possess plus have possess for centuries believing as psychological enslavement foreigners have imposed require them to believe that they do not have duty to correct leadership of other Negroids to where we may live as one secure plus prosperous group. When have foreigners told us truth about anything as we need be told? Not ever nor will they start anytime soon. Afghanistan should be excellent unforgettable example to all Negroid African nations being United States plus Europe including France prefer to cowardly leave excess 100 billion United States dollars in arms plus equipment to Taliban as oppose to selling us what we need to defeat terrorists /jahadists/ violent criminals across Sahel nations. Do not ever go sleep on fact that modern day occurrence exist.
    African democracy require binding connection between all nations militaries that too strong to break. Our history show when this condition broke we were conquered by foreigners who imposed their religions plus ways plus that condition to this day is psychological enslavement imposed upon our children by their parent with all accepting it as right but spiritually opposing it for causes they are unable to identify unto now. It is not ours nor was it created by us or for us instead it is used to psychologically enslaved us for Foreigners to benefit above us from our labor or/ plus riches.
    This must plus will change plus time is now with leadership that expose conditions as they are plus do not in stupidity comply with foreign imposed condition of do not say what foreigners do that is bad or/ plus hurtful only speak of appearance of good they do despite fact bad out weight good by several folds.
    Had ECOWAS focus been unity plus development of West Africa militaries terrorists jahadists violent criminals would be virtually non-existent but stupidity plus corruption rule ECOWAS plus we all know it.
    African democracy would set feasible plus competent elected government structure with term limits for elected positions thereof preventing stupidity from ruling being when old men stay in leadership too long they out of stupidity mislead people to dangerous chaos to stay in power. Education should be number one tool of African Democracy being through it if there is feasible solutions to our problems it will be found plus best applied by educated people.
    Too many educated young people spend their time chasing glamour of journalism. It would be best to make journalism hobby plus pursue more useful profession as in engineering, medicine, pilot etc.

    Proper journalism should be useful to readers or important to their existence or educational with intent of providing greater ability to achieve good actions or entertaining with it made known article is for entertainment sake. Where it do not meet one of these requirements it is not needed plus should not be pursued.
    Henry Author Price Jr aka Kankan

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