Bamako : Le calvaire des aides ménagères

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MENAGERES

Les aides ménagères appelées péjorativement « baradé » « 52 » ou 60 moins 8, connaissent des fortunes diverses à Bamako. Une part importante de cette population jeune, nombreuse, peu instruite et féminine, qui loue ainsi ses forces dans le travail domestique, mènent une vie très difficile dans la capitale malienne.

Au Bamako, le personnel domestique est confronté à des multiples problèmes. La migration qui alimente le marché du travail domestique est de moins en moins tournante et son ancrage s’accompagne de nombreuses réclamations et protestations, en particulier par des stratégies d’instabilité de la part des domestiques caractérisées par la fréquence avec laquelle elles abandonnent leur poste. Le faible salaire offert par les employeurs, leurs exigences vis-à-vis de ce personnel qui travaille presque 24 heures sur 24 heures, sans jour de repos, sans congé ni déclaration, rencontrent désormais des travailleuses excédées qui ne subissent plus seulement les remplacements arbitraires mais les provoquent également. Ne jouissant que d’une liberté formelle et étant obligées de travailler, les domestiques s’engagent très vite mais n’hésitent pas à rompre leurs contrats tacites, non écrits et peu avantageux, dès qu’elles trouvent de meilleures conditions de travail ou une rémunération plus élevée.

Cette précarité du contrat de travail plonge les relations entre employeurs et employées dans une crise qui affecte les femmes employeuses alors qu’elles comptent de plus en plus sur la participation des domestiques aux tâches ménagères pour pouvoir s’en libérer elles-mêmes.

Le travail domestique se déroule dans des conditions précaires manifestes. Cette précarité peut se mesurer à travers les marchés informels où l’essentiel de ce type de travail s’échange ou encore en examinant les termes des contrats de travail implicites qui s’y nouent et les causes de leurs ruptures. Ainsi, parmi les principales causes de rupture de contrat du travail domestique, nous pouvons noter les conflits liés aux horaires et à l’ampleur du travail. Les journées de travail sont longues et il n’y a pas de congés hebdomadaires, ni annuels. Il n’y a pas non plus de congés de maternité ni de maladie. De fait, la pénibilité du travail entraîne souvent une dégradation précoce de la santé.

Yélen Coulibaly qui travaille depuis dix ans dans une famille à Korofina, en commune I du district de Bamako, explique les raisons qui l’ont poussé à venir travailler à Bamako. « C’est le manque de mes parents qui m’a motivée à quitter les parents pour trouver une vie meilleure ici à Bamako». Comme Yélen, beaucoup d’aide-ménagères quittent leurs villages pour des raisons financières. L’aventure bamakoise pour nombreuse de ces jeunes femmes tournent au cauchemar. C’est le cas de Rokia, aide- ménagère dans le quartier de N’Tomikorobougou. La jeune dame qui travaille depuis cinq ans « regrette de ne pas rester au village. » « Je ne mange pas à ma faim. En plus de cela, ma patronne ne me paye pas régulièrement. Pire, je fais des travaux ménagers qui sont au dessus de mes capacités physiques. Je me lève très tôt et je me couche après tout le monde », explique-t-elle.

Kadia, aide ménagère depuis cinq ans à Boulkassoumbougou Kouloubileni, est une exception qui confirme la règle. Celle qui l’emploie, Mme Kéita Fatoumata Touré, est une dame très gentille et régulière dans les paiements mensuels. « Depuis mon arrivée dans la famille, je me sens comme chez moi, je suis très à l’aise », a-t-elle dit. Mme Kéita s’est dite émue du comportement et du travail de Kadia, en affirmant que Kadia est très attentive à ses recommandations de façon quotidienne. Mme Sissoko Fanta Sall, présidente d’une association d’aides ménagères, qui lutte pour le bien être des aides ménagères, dit être très consciente des conditions de vie de ses protégées. « Nous assistons à une injustice flagrante ! Nous menons une campagne de sensibilisation auprès des aides ménagères afin qu’elles sachent leurs droits et devoirs. Nous assistons à une situation déplorable», selon Fanta Sall.

Fatoumata Bintou Zahara Koné, stagiaire

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