Quatrième audience publique de la CVJR ; Gouvernement du Mali condamne sans réserve des violations des droits de l’Hommes (meurtres , tortures, assassinats…) Mythe ou réalité ?

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La quatrième  audience publique de la Commission vérité justice et Réconciliation (CVJR) a tenu toutes ses promesses , ce samedi 18 septembre 2021, en rendant aux 17 victimes leur dignité et faciliter un début de guérison, en reconnaissant publiquement ce qui leur est arrivé en face du monde entier de leurs témoignages ce qu’elles ont subi ou leurs proches sur « les atteintes au droit à la liberté », « les atteintes au droit à la vie et à l’intégrité physique », et « les disparitions forcées » par la plupart  par les autorités étatiques ( forces sécurité et défenses).

maliweb.net– Depuis son indépendance notre pays a connu des rebellions armées et des crises politiques qui ont occasionné des violations graves de droits de l’Homme (meurtres et exécutions extrajudiciaires, arrestations et détentions arbitraires, enlèvements et séquestrations, violences sexuelles, pillages, vols et destructions de propriétés, disparitions forcées, tortures et autres traitements cruels inhumains ou dégradants, etc..).

Il faut aussi reconnaitre qu’à des degrés divers, chacune des crises que notre pays a connues a été marquée par des atteintes au droit à la vie et à l’intégrité physique (assassinats, meurtres, tortures, traitements inhumains, cruels et dégradants).

Les assassinats et meurtres sont comme chacun le sait des crimes graves, mais les traitements cruels, inhumains ou dégradants sont également considérés comme des crimes au regard du droit international humanitaire et de notre législation nationale.  Enfin, la disparition forcée est un crime qui met en évidence l’importance de la vérité comme le chemin le plus sûr pour parvenir à l’apaisement des cœurs et à la réconciliation nationale.

Car, l’essence du crime de disparition forcée étant le déni d’information et le mensonge, les proches des victimes ne peuvent avoir une paix intérieure que lorsque leur sort est révélé, lorsque la vérité arrive à briser le manteau du mensonge.

C’est pourquoi dira, le Président de la CVJR M Ousmane O Sidibe , les audiences publiques ne sont pas des audiences judiciaires. La CVJR n’est pas un tribunal. Elle ne cherche à établir ni la culpabilité, ni l’innocence des auteurs présumés. C’est le travail de la justice malienne.  Ici, seules les victimes seront entendues, la CVJR leur offrant un cadre digne et sécurisé où elles pourront raconter les souffrances vécues. L’audience publique est un espace d’écoute respectueuse, où les victimes ont un rôle de premier plan. C´est un cercle de solidarité, construit autour du récit. Elle permet surtout de rendre aux victimes leur dignité, d’intégrer leurs récits à la mémoire nationale et de faciliter un début de guérison.

Il s’agit donc d’une contribution concrète à la promotion du dialogue, du pardon, de la réconciliation nationale et de la paix, toutes choses qui sont au cœur des missions assignées à la Transition. Ceux et celles qui témoigneront sont représentatifs de l’ensemble des victimes de toutes les périodes et de toutes les régions du pays. C’est la première fois qu’ils ont l’occasion de témoigner des atrocités vécues devant l’ensemble de la nation. Ils revivront des souvenirs douloureux, souvent traumatisants.

Quelle indignité étatique ?

De l’ombre à la lumière, les différentes victimes  de la quatrième audience publique  ont pu partager leurs souffrances avec la nation malienne dans l’esprit de générosité , de pardon et de réconciliation  pour les préjudices causés par les agents de l’état. Car leurs témoignages émouvants ont pu faire couler des larmes des maliens dans la salle d’audience et leur  affecter profondément.

Les premières familles des victimes passées à la barre étaient M Gaoussou DIARRA , Maître Mariam DIAWARA et M Abdoulaye SISSOKO expliquent comment les militaires maliens ont pu enlever et séquestrer leurs parents suite aux avènements du 19 NOVEMBRE 1968 quand un quarteron d’officiers subalternes s’empare du pouvoir par l’arrestation à la hussarde du Président de la République, Modibo Keïta, et en mettant sous séquestre toutes les institutions de la République. Cette brutale irruption des militaires sur la scène politique nationale a causé des violations déshumanisantes à la fois sur les personnes des dirigeants de la République, civils comme militaires, mais aussi sur les membres de leurs familles. Une période sombre dans l’histoire de notre fier pays. Pour en résumer, M Gaoussou Diarra expliquera :  « Le coup d’État du 19 novembre 1968 ayant renversé le régime du Président Modibo KEITA, a occasionné son arrestation et celle de 40 autres cadres de l’administration, de ses compagnons et collaborateurs dont leurs propres parents. Ils ont été détenus arbitrairement dans un premier   temps à la permanence du parti puis déportés un peu partout dans le pays. Pendant leur détention, ils ont subi plusieurs types de violations graves  des droits de l’Homme tels que les tortures, traitements cruels, inhumains ou dégradants. Leurs parents ont passé dix ans en détention puis libérés sans être jugés. En plus des conséquences ci-dessus citées, certaines femmes victimes ont été privées d’observer leur veuvage. C’est la raison pour laquelle ils ont décidé de participer à cette audience publique afin de partager leur souffrance avec le peuple Malien et la communauté internationale, 40 ans plus tard. »

Quant à la victime Assagaidou Adama TOURE expliquera « Par amalgame, j’ai été arrêtée par l’armée malienne en février 2013 à Gao. Ils ont fouillé toute ma maison et saccagé beaucoup de choses croyant que je suis  est membre du MUJAO. J’ai été ligotée, les mains dans le dos avec les yeux bandés et conduite dans le camp 2 de l’armée à Gao où j’ étais soumise à un interrogatoire musclé. Ils m’ont torturée, humiliée avant de m’envoyer à la gendarmerie de Gao, là encore c’était le même interrogatoire. J’ai  été privé de la nourriture apportée par ma propre famille et enchaînée avec un autre détenu. Trois jours après, j’ai été libérée. Mais, ce qui m’a le plus touché, c’est cette humiliation subie, et de  la part de l’armée de mon propre pays. »

Abdoulaye   YATTASSAYE  expliquera l’Atteinte au droit à la vie par exécution sommaire et extrajudiciaire de son oncle : « Suite à un différend survenu au sein du collectif des éleveurs de Niono, mon oncle du nom d’Ousmane YATTASSAYE a été arrêté par la gendarmerie de Niono. Cette interpellation  lui a coûté la vie car des hommes armés en tenue militaires sont venus le chercher dans la cour de la gendarmerie pour l’emmener vers une destination inconnue. Au cours de nos  recherches,  nous avons  été informé par un berger que l’oncle a été tué et enterré derrière la résidence du Commandant de Brigade. Grâce aux contacts, une délégation spéciale du Ministère de la justice    a quitté Bamako pour Niono afin de procéder à l’inspection et l’exhumation du corps. Ce qui nous  a permis de trouver le corps dans le lieu indiqué. Depuis ce jour jusqu’à la date d’aujourd’hui, le dossier est bloqué au niveau du tribunal de la commune III du district de Bamako. Nous avons  aussi saisi le Médiateur de la République à 03 reprises sans suite favorable. Nous voulons  savoir ce qui s’est passé et pourquoi Mr Ousmane a été tué ? »

AG ERTANE Maguine, agent de santé de son État à Tin Essako (Kidal) raconte : « Pendant les évènements de 1990, l’armée malienne a arrêté 16 personnes par amalgame à Tin Essako dont mon père, une des victimes soi-disant qu’ils sont les complices des rebelles. Ils ont été bastonnés, maltraités et humiliés pendant 6 jours. Cela a laissé des séquelles physiques et psychologiques sur le corps de mon père et cela l’a poussé à quitter le site pour aller s’installer ailleurs. Certains ont été exécutés sommairement. Je veux que l’amalgame cesse, la violation soit reconnue et que l’État présente des excuses aux victimes. »

À l’écoute des témoignages de ces victimes à l’audience, le Ministre de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion Nationale Colonel Ismael Wagué déclara solennelle qu’au nom de la Transition et du Gouvernement « Notre condamnation sans réserve des violations des droits de l’Homme quelque soit leurs auteurs. Nous condamnons fermement toutes les atteintes aux droits de l’Homme.  Nous condamnons fermement les assassinats meurtres, tortures et autres traitement inhumains, cruels et dégradants qui se développent malheureusement dans notre pays, particulièrement dans le centre et le Nord.

Les victimes animées par le sentiment de pardon et de réconciliation.

Les victimes passées à cette quatrième audience publique de la CVJR diront pour eux l’idée de vérité et de réconciliation est un levain pour la concorde, la paix, la cohésion sociale et l’unité nationale. Raison pour laquelle elles sont habitées par un sentiment de réconciliation dans un Mali réuni et uni. Les nouveaux défis du 21ème siècle, et encore, ils commandent du reste cette transcendance. Cheminons ensemble dans le pardon et l’oubli des crimes et des offenses, seul gage de faire obstacle à la résurgence des inimitiés et rancœurs, à même d’étouffer tous les ressentiments enfouis mais vivaces. Nous ne pouvons-nous affranchir des blessures de l’histoire qu’à ce prix. Et pourtant, nous devons agir de telle sorte que ces blessures-là, parce que comprises et assimilées, soient effectivement des antidotes à l’esprit de revanche et à l’instinct de vengeance. Il ne s’agit donc pas de remuer le couteau dans la plaie, mais d’indiquer à la mémoire collective et de mentionner pour les prochaines générations ce qui ne doit plus être, “Plus jamais ça”, afin de prémunir la nation de tous les excès, quoiqu’il advienne au cours de l’histoire.

Bokoum Abdoul Momini/maliweb.net

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