Modibo Mao Makalou, économiste et gestionnaire financier : « Pour relancer son économie, le Mali devrait essentiellement utiliser la politique budgétaire ou fiscale qui constitue le meilleur instrument de politique économique conjoncturelle »

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Le Produit Intérieur Brut (PIB) réel c’est-à-dire la valeur des biens et des services produits au Mali s’est contracté de 1,2% en 2020 suite à la Covid-19 et une mauvaise campagne agricole liée à la culture du coton dans les zones rurales.

Le PIB réel a cependant augmenté de 3,1% en 2021, et les prévisions du ministère de l’Économie et des Finances du Mali avaient envisagé une hausse du PIB réel en 2022. Cependant, les sanctions économiques, financières et commerciales infligées au Mali le 9 janvier 2022 par la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (Uémoa), mais qui ont été levées le 3 juillet 2022, en sus des effets négatifs de la Covid-19 et de la guerre en Ukraine, risquent de réduire de moitié la croissance économique réelle à environ 3%, selon les estimations de la Banque mondiale.

La levée effective des sanctions financières imposées par la CEDEAO et l’UEMOA au Mali met un terme au gel des avoirs de l’État malien et ceux des entreprises publiques et parapubliques à la BCEAO, ainsi qu’au blocage des transferts de même que l’accès de l’État malien aux systèmes de paiement de la BCEAO.

Rappelons que les sanctions économiques, financières et commerciales ont paralysé l’économie du pays durant 6 mois et empêché l’État et les banques maliennes d’honorer leurs engagements vis-à-vis de leurs créanciers. Depuis la mise en place des sanctions le 9 janvier 2022, la dette intérieure s’élève à 346 milliards FCFA pour les titres des marchés publics (TMP) pour 2022.

Le Mali est un pays vaste, enclavé et semi-aride. Notre pays est entouré de 7 voisins tous membres des communautés économiques régionales de l’Union Africaine : 5 sont membres de la Cédéao (dont 4 membres de l’UEMOA) et 2 sont membres de l’Union du Maghreb Arabe (UMA). L’économie du Mali est la 5ème économie de la Communauté Économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et la 3ème économie.de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (Uémoa).

Selon la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), la part des pays de l’UEMOA dans les importations totales se chiffrait à 43,4% soit un montant de 1.275,7 milliards de FCFA en 2020 contre 43,9% soit 1.320,8 milliards de F CFA en 2019.

Les importations du Mali dans l’UEMOA confirment le Sénégal et la Côte d’Ivoire comme les 2 principaux fournisseurs du Mali dans l’UEMOA avec des parts respectives de ces deux pays dans les importations du Sénégal de 45,5% et de la Côte d’Ivoire de 35,4% en 2020, les parts des deux pays étaient de 51,7% pour le Sénégal et de 30,8% pour la Côte d’Ivoire en 2019. Le Mali est aussi dépendant des ports de Dakar et Abidjan pour son commerce international (importations et exportations) qui constitue 60% de son activité économique (PIB).

Les importations en provenance des pays de l’Uémoa restent dominées par les produits pétroliers. En effet, celles-ci sont ressorties à 665,8 milliards de FCFA en 2020, soit 61,4% des importations du Mali. Ces produits proviennent pour l’essentiel du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, qui représentent respectivement 53,0% et 36,7% des importations de produits pétroliers du Mali au sein de l’Uémoa. Les importations intra-Uémoa portent également sur les matériaux de construction et les produits alimentaires. Ces produits ont représenté respectivement 8,9% et 5,9% du total des importations en provenance de l’Uémoa en 2020.

Pour relancer son économie, le Mali devrait essentiellement utiliser la politique budgétaire ou fiscale qui constitue le meilleur instrument de politique économique conjoncturelle. Il s’agira essentiellement, à travers les dépenses publiques, de cibler les secteurs clés et les services de base essentiels , comme l’agriculture, l’éducation, la santé, la protection sociale, l’eau potable, l’industrie, les logements, le développement urbain et l’assainissement, de même que des infrastructures de base de qualité qui ont une forte incidence sur la réduction des inégalités, surtout parmi les couches les plus vulnérables, notamment le secteur informel, les femmes, les filles et les jeunes mais aussi d’augmenter, de diversifier et de transformer la production nationale.

Aussi, la stratégie de croissance de notre pays devrait se fonder également sur le renforcement de l’innovation et la recherche pour développer l’économie numérique et l’agro-industrie, qui stimulerait la productivité du pays. Les investissements publics doivent impérativement servir de levier pour la croissance et le développement en y associant le secteur privé pour créer de la valeur ajoutée et des emplois.

Les périodes de crise sont des moments cruciaux dans la vie des nations qui peuvent être transformées en opportunités à travers des réformes conjoncturelles et/ou structurelles pour améliorer le bien-être et les conditions de vie des populations. Aussi, la paix et la sécurité constituent des préalables à tout développement économique. Afin de se prémunir contre les chocs exogènes, le Mali devrait diversifier son économie en créant plus de valeur ajoutée tout en favorisant le désenclavement intérieur et extérieur et en multipliant les corridors au sein de la CEDEAO.

Bamako, le 18 juillet 2022

Modibo Mao MAKALOU

Économiste et gestionnaire financier

NB : le titre est de la Rédaction

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