Réformes institutionnelles : Pour quel type d’État au Mali ?

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Sous la bannière de l’Union soudanaise-Rassemblement démocratique africain (US-RDA), nos illustres pionniers dans leur projet politique, concevait que l’État indépendant devait résulter d’un effort collectif déployé pendant une longue période par une avant-garde décidée à briser la domination étrangère.

Construire un État indépendant supposait une mobilisation de toutes les entités ethniques et régionales autour de la conquête d’une identité nationale commune. Cette construction ne devrait s’achever que lorsque nos peuples auront mis fin aux mécanismes de domination du marché mondial. La nation devait émerger et se consolider grâce à la mise en œuvre d’une politique autonome de développement. Cette démarche de rupture des pères de nos indépendances était parfaitement cohérente et participait de leur volonté de donner à notre continent des États souverains, plutôt que des États néocoloniaux, inspirés par le capitalisme.

L’Union soudanaise-Rassemblement démocratique africain (US-RDA) avait conduit une expérience très ambitieuse dans un grand pays enclavé, sous-peuplé et sans ressources minérales ou énergétiques conséquentes à cette époque. Elle posa des actes forts de rupture avec l’économie de traite coloniale imposée par la France depuis plus d’un siècle auparavant, dénonça le pacte colonial, l’extraversion de notre économie, créa une monnaie nationale pour financer le développement, mit en place une stratégie de développement autocentrée, basée sur un modèle d’accumulation interne du capital à partir de la mobilisation du surplus agricole destiné à être investi prioritairement dans l’industrialisation. Tous les secteurs stratégiques et vitaux ont été placés sous le contrôle de l’État qui avait intelligemment élaboré un plan quinquennal.

Le coup d’État de 1968 a non seulement mis fin à cette expérience, mais il a aussi mis fin à la construction d’un État indépendant, libre de ses choix, maître de son destin. Il nous a mis dans le giron colonial français.

De cette époque à l’avènement de la démocratie et du multipartisme, le dépérissement progressif de l’État national s’est manifesté de façon logique et systématique: d’un côté il y a l’effet de la domination coloniale, de l’autre, les agissements d’une couche de prébendiers qui, en alliance ouverte avec la bourgeoisie bureaucratique (administrative, technique et politique) et la bourgeoisie commerçante, ont conduit le pays au désastre économique, à la banqueroute financière. Ils ont utilisé les appareils de coercition de l’État contre le peuple pour se maintenir au pouvoir, confisquer les libertés (individuelle et collectives), bloquer toute possibilité d’initiative créatrice.

La mauvaise gestion, la corruption et le népotisme des dirigeants ont été érigés en mode de gestion. Le recours à l’aide étrangère pour redémarrer notre système productif a été la règle. Les institutions financières internationales, les gouvernements et les organisations internationales qui les sont proches vont s’installer en force. Sur la base d’un encadrement institutionnel, ils réorganisent en permanence la prise du pouvoir d’État sur la base d’une alliance politique entre les forces qui sont en mesure de préserver leurs intérêts et légitimer le pillage organisé de nos ressources stratégiques. Cette alliance exclut naturellement les forces progressistes et anticolonialistes, les syndicats, les paysans et les ouvriers. Marginalisées, diabolisées et réduites au silence, ces forces n’arrivent pas à s’organiser de façon collective pour changer le rapport de force.

Dans cette conjoncture politique, l’État est de plus en plus exclu du jeu par la communauté internationale. Son rôle se limite désormais à être le convoyeur de service de leurs politiques meurtrières. Dans ces conditions, il devient difficile de construire un État nouveau dans un contexte où le Mali fait face à des enjeux géopolitiques et géostratégiques extrêmement importants.

L’État néocolonial ne peut que gérer l’instabilité permanente et sera incapable d’assurer l’ordre. Il perdra tous ses rôles et fonctions classiques d’orientation, de conception, de pilotage, de coordination et de mise en œuvre, d’impulsion de l’économie nationale.

Cet État paiera toujours la rançon de la dépendance vis-à-vis de l’étranger. Or, le défi actuel que les Maliens doivent relever est de construire un État nouveau, poser les bases d’un développement autonome, mettre en place des procédures démocratiques nouvelles, des hommes nouveaux, construire un système démocratique qui donne tout le pouvoir au peuple. C’est la condition préalable pour poser les bases d’un État souverain qui préserve l’unité, l’intégrité territoriale et la cohésion nationale et qui est capable de mettre en échec les ingérences extérieures.

Nouhoum KEITA, Journaliste

 

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