Contribution pour une bonne gouvernance universitaire au Mali : Quatre raisons pour élaborer une politique d’enseignement supérieur !

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  1. Les universitaires sont toujours fiers de rappeler que l’Université est le temple du savoir, de la liberté d’expression et du mouvement. Je suis universitaire. 
  1. Le développement économique et social ne s’est jamais fait et ne se fera jamais qu’après l’instauration d’un système d’enseignement supérieur de qualité. Aucun pays développé n’a pu se dispenser de ce critère de performance. C’est ma conviction.
  1. L’Université publique a un devoir de résultat vis-à-vis du citoyen qui lui donne ses moyens de fonctionnement pour assurer la formation de ses enfants. Je suis citoyen Malien.
  1. Que l’on en soit fier ou pas, lorsqu’on est diplômé d’un établissement d’enseignement supérieur, son image influence à jamais l’évaluation à priori de ses compétences. Or, l’écrasante majorité de ceux qui font tourner l’administration et les services au Mali ont été formés, au moins en partie, dans le système d’enseignement public. C’est la vérité. 

 Fort de cette légitimité, nous nous sentons le devoir autant que le droit de tirer la sonnette d’alarme en ce qui concerne une dérive qui fait s’émousser la qualité de la formation et de la recherche dans l’Université malienne. En effet, le système d’enseignement supérieur malien traverse une période de profondes mutations qui, pour l’essentiel, n’ont pas été réfléchies et décidées par ses acteurs directs. Je veux parler de la communauté universitaire.  Cette situation nous met dans l’obligation de prendre le train en marche et de nous impliquer dans sa conduite pour notre survie en tant qu’universitaires, au vrai sens du terme. Aussi, aimerais-je partager un certain nombre de points de vue :

 Depuis 2000, l’Etat du Mali a accru de façon considérable ses investissements sur le plan infrastructurel, dans le domaine de l’éducation. Cependant, ces mêmes investissements souffrent d’un manque crucial de vision globale. En effet, par la création de nombreux lycées et collèges, l’Etat a occasionné une grave distorsion entre le flux de bacheliers qui arrivent sur le marché de l’enseignement supérieur et les capacités d’accueil des établissements d’enseignement supérieur avec une augmentation annuelle croissante du nombre de candidats. A titre de rappel, en 2007 il est passé de 34949 à  93 015 candidats en 2011, soit une hausse de 14517 candidats par an. Cet état de fait nous a conduit à des conséquences telles que : 

  1. La plhétore des amphithéâtres dans les universités publiques, surtout à l’UB,
  1. la surcharge pédagogique des enseignants-chercheurs qui ploient sous le poids des heures supplémentaires,
  1. des mécanismes d’évaluation inadéquats et corrompus.

 L’urgence est donc à la recherche de solutions sérieuses et appropriées à ce problème qui, si on n’y prend garde, risque d’hypothéquer très durablement la qualité de l’enseignement supérieur au Mali. Pour qui veut faire un diagnostic serein et impartial, le constat qui s’impose est que l’UB est un cas sérieux, une université malade de sa surcharge. Les règles pédagogiques fondamentales sont universelles parce que tout simplement scientifiques. Certaines conditions de travail à l’UB sont inacceptables aussi bien sur le plan pédagogique, que sur le plan purement humain, autant pour les enseignants-chercheurs que pour les étudiants. En guise de remède, ne cédons donc pas à la tentation de bourrage des autres universités pour, par naïveté ou à dessein, les amener à attraper le mal de l’UB. Cette université a besoin d’être assistée et redressée et non d’être imitée.  Mobilisons nous autour d’elle pour qu’elle retrouve son lustre d’antan qui faisait notre fierté. 

De la responsabilité de l’Etat.

J’appelle les autorités maliennes à assumer pleinement leur part de responsabilité dans cette situation qu’elles ont largement contribué à créer. Cela devrait leur être naturel eu égard aux deux principaux objectifs que le Gouvernement, à travers le Ministère de l’Education, s’est assignés pour l’enseignement supérieur, et sur lesquels nous aimerions apporter quelques commentaires et suggestions :  

1-     Améliorer la qualité.

Selon les exigences de la pédagogie universitaire, cet objectif ne peut être atteint que si le taux d’encadrement des étudiants répond aux standards internationaux. Rappelons que la qualité dépend aussi de l’environnement de travail, donc en particulier des infrastructures pédagogiques et sociales, et des équipements.    

2-     Optimiser la gestion des ressources.

S’il est un constat général, c’est que l’enseignement supérieur au Mali n’est pas géré de façon cohérente et rationnelle. Sinon, comment pourrait-on comprendre l’absence d’un cadre institutionnel permettant la mobilité des enseignants-chercheurs entre les différents établissements d’enseignement supérieur publics du pays, alors que les ressources humaines sont insuffisantes ? Comment se fait-il que la réforme LMD (Licence Master Doctorat) soit un échec alors qu’elle n’est qu’en phase d’essaie. D’ailleurs, même les grands pays se dotent d’un texte fédérateur en la matière.  En outre, rappelons que le LMD est, par essence, fait pour promouvoir la mobilité des étudiants entre différentes universités. A fortiori celles d’un même pays. Enfin, comment comprendre l’absence d’un cadre permanent de concertation entre les autorités des différents établissements d’enseignement supérieur du pays ? Ce cadre doit être institutionnalisé et pérennisé  au-delà des femmes et hommes qui dirigent nos universités actuellement.    

De la responsabilité des enseignants et chercheurs

Le réajustement de notre philosophie d’évaluation : Si nous sommes d’accord sur le principe que la note de l’étudiant est déterminée non seulement par les efforts qu’il a fournis mais aussi, par la qualité de l’enseignement qui lui a été dispensé, par l’épreuve à laquelle il a été soumis, par la façon dont son travail a été évalué, alors il y a une coresponsabilité entre l’enseignant et les apprenants, au moins en ce qui concerne la moyenne globale d’une classe. Il serait donc normal que, comme dans certains pays du Nord, lorsque la moyenne d’une classe après évaluation est catastrophique, un rapport soit produit par l’évaluateur pour situer la racine du problème – qui pourrait être due à chacun des facteurs cités ci-dessus et y apporter une solution. Ce problème est d’autant plus préoccupant que le mal dans nos universités.

Par conséquent, le flux entrant est de loin supérieur au flux sortant. Attention ! La pédagogie de la réussite ne doit pas nous amener non plus à attribuer des notes non méritées aux étudiants. Formons les bien et évaluons les bien ; du point de vue pédagogique,  ils ne demandent pas plus pour réussir.

Chères autorités étatiques, chers enseignants-chercheurs et chers étudiants, ma conviction est que beaucoup d’étudiants qui auraient pu obtenir un diplôme et intégrer le monde du travail ont été éjectés du système de l’enseignement supérieur malien à cause des conditions de travail calamiteuses et/ou d’un système d’évaluation inapproprié. Réagissons donc en responsables et allons tous, en citoyens consciencieux, au chevet de l’UB.

Que l’Université de Ségou, tire les enseignements du mal qui gangrène l’UB en proposant des voies alternatives !

IDRISSA KANTAO

 

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