Après le rapt d’une occidentale. : Deux suspects arrêtés

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Une ressortissante suisse a été enlevée vendredi 8 janvier 2016 à Tombouctou, dans le nord du Mali. Béatrice Stockly, âgée d’une quarantaine d’années, vivait depuis longtemps dans la ville. Chrétienne convaincue, protestante, elle tentait d’aider les habitants. De quoi conduire les organisations humanitaires présentes à Tombouctou à faire montre d’une vigilance accrue dans le contexte actuel. Pour le moment, bien vrai qu’aucun groupe n’ait revendiqué cet enlèvement, la piste islamiste est privilégiée. D’où l’interpellation de deux suspects.

Dans la nuit du jeudi au vendredi, des hommes armés se sont présentés au domicile d’une ressortissante suisse à Tombouctou, malgré l’état d’urgence décrété sur tout le territoire national. Ils ont frappé à la porte, et lorsqu’elle a ouvert, le rapt s’est fait très rapidement. De sources concordantes, la femme aurait ensuite été cachée dans un domicile privé de la ville selon les premiers éléments de l’enquête. Les kidnappeurs auraient ensuite attendu que le jour se lève pour quitter la ville avec leur otage.
Ce rapt de Béatrice Stockly, son deuxième à titre personnel depuis 2012, peut-il avoir des conséquences sur les activités des personnels humanitaires présents à Tombouctou ? Aucune des organisations internationales, pour le moment, n’a décidé de réduire ses activités, ni dans la ville, ni dans la région. De fait, depuis plusieurs années, les humanitaires présents de manière durable dans le nord du Mali ne sont plus des Occidentaux, encore moins des Blancs, mais des Maliens ou des expatriés africains.
L’enlèvement ” jouera plus tard sur des visites ponctuelles de Blancs, mais c’est tout “, a expliqué un chef de mission. Avant de poursuivre : ” Nous sommes connus des groupes radicaux sur place, et nous n’avons jamais levé le pied depuis 2012 et 2013. Il n’y a pas de raison que cela change aujourd’hui “. Même son de cloche dans une autre organisation contactée : ” Nous restons opérationnels, assure son porte-parole. Nous sommes vigilants, le temps de mieux comprendre, mais aucune décision spécifique n’a été prise pour le moment “.
Une dernière organisation affirme aussi qu’elle maintient ses activités, mais reconnaît avoir restreint les mouvements de ses véhicules et donné des consignes de prudence à ses salariés. Des dispositions prises depuis plusieurs semaines, en raison de l’augmentation des agressions sur les routes de la région. Et qui ne sont donc pas directement liées à l’enlèvement de Béatrice Stockly.
Ce rapt n’avait pas été revendiqué au moment où mettions sous presse cet article, mais les regards se tournaient actuellement vers les différents groupes terroristes islamistes actifs au Mali, adeptes de la prise d’otage d’Occidentaux.
Depuis elle habitait dans le quartier d’Abaradjou, au nord de la ville. Un quartier ” qui n’est pas très sécurisé, où plusieurs enlèvements ont déjà eu lieu “, explique un responsable du gouvernorat de Tombouctou, qui ajoute qu'” elle ne prenait pas plus de précautions depuis son retour “.
Cette fois-ci, son enlèvement pourrait s’agir aussi d’intermédiaires qui sous-traitent les enlèvements d’Européens dans le Sahel.
Concernant l’identité des ravisseurs, en l’absence encore de revendication formelle, les autorités pensent que le rapt peut être l’œuvre d’une des katibas, unité combattante, d’Al-Qaïda au Maghreb islamique. Deux habitants de Tombouctou ont été interpellés, selon une source sécuritaire malienne. L’un d’eux est ouvertement soupçonné de figurer parmi les indicateurs ayant permis l’enlèvement de Béatrice Stockly.
A Tombouctou, cette ressortissante suisse d’une quarantaine d’années n’était pas du tout une inconnue. Protestante, Béatrice Stockly, Béatrice comme les gens l’appelaient plus volontiers, disait elle-même qu’elle était en mission d’évangélisation, mais ” si elle constate que les questions de religion ne vous intéresse pas, elle n’insiste pas “, précise un Tombouctien.
Il faut rappeler qu’elle avait été kidnappée en avril 2012 à Tombouctou. A l’époque, la ville était aux mains des islamistes et l’enlèvement portait leur signature. Après la médiation du Burkina Faso, la ressortissante suisse avait été libérée avant de revenir après la libération de la ville de Tombouctou en janvier 2013.
Youssouf SANGARE

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