Manassa: amazone hier, bouc émissaire du jour, héroïne de demain

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Depuis un certain temps l’histoire se venge cruellement de notre pays avec cette ironie mordante qui est sa marque de fabrique. En faisant de lui le symbole géographique du dédit et de la vénalité.

Il m’a semblé que je pouvais me permettre d’être un «nouveau républicain» vu que les «démocrates sincères et patriotes convaincus « ont pour la plupart rallié les légions djihadistes, les coteries restauratrices, ou tout simplement choisi de donner leur langue au chat en se murant dans un silence complice voire pendable face à la situation gravissime de notre pays.

Où sont jadis les défenseurs des Institutions de notre République ? Comment peuvent-ils garder le silence face à l’agression de notre loi fondamentale ? Nombre de ces pseudos démocrates ont soit viré dans le camp adverse de peur de perdre tout avantage dans une prochaine recomposition de la scène politique, soit éteint les lampions pour se faire oublier et éviter de nager à contre-courant … car dans toutes les hypothèses ceux-ci croient que le navire va bientôt chavirer.

La démocratie que les thuriféraires du M5-RFP invoquent pour soutenir leur action putschiste est soutenue par des institutions dont la solidité est garantie par la Constitution du 25 février 1992, celle-là même que ces mêmes personnes se sont toujours liguées pour défendre même quand les modifications envisagées là-dessus sont pertinentes et intelligentes.

S’ils avaient réussi à garder comme le coran ou la bible la constitution c’est pour haute estime qu’ils en ont et leur souci de défense éternelle de ceux dont le sang a servi d’ancre pour écrire ce texte fondamental. Comment peut-on comprendre qu’avant-hier avec Alpha Oumar Konaré en 2000, avec ATT en 2010 et avec IBK en 2017 ils ont porté en échec tous les projets visant à toucher à la constitution et voir que ces mêmes personnes montrent leurs muscles pour s’asseoir sur cette même constitution? Ils avancent des arguments qui ne sont consistants dans leur bêtise pour fouler au pied la constitution comme un chiffon qu’on peut jeter à la poubelle après usage.

Je voudrais tout simplement rendre un hommage républicain mérité à la Présidente de notre Cour constitutionnelle Mme Diakité Manassa Dagnoko, car aujourd’hui beaucoup de gens sont en train de juger la Cour alors que son rôle est méconnu des citoyens.

Dieu n’a-t-il pas dit dans le verset 12 de la sourate 49 (les appartements) : « Ô vous qui avez cru ! Evitez de trop conjecturer [sur autrui] car la plus grande partie des conjectures est péché. Et n’espionnez pas ; et ne médisez pas les uns des autres. » (6)

En d’autres termes, il ne sied pas à aucun musulman de s’autoproclamer juge, alors qu’elle s’oublie elle-même…Il est plutôt de son devoir de chercher ses propres défauts d’abord, avant de regarder ceux des autres.

Dans la même sourate au verte 6, il est clairement mentionné ceci : « Ô vous qui avez cru ! Si un pervers vous apporte une nouvelle, assurez-vous (de son authenticité) [de crainte] que par ignorance, vous ne portiez atteinte à des gens et que vous ne regrettiez par la suite ce que vous avez fait. » (7)

Combien sont parmi eux qui ont lu l’intégralité de l’arrêt de la proclamation définitive des résultats du second tour des législatives du scrutin du 19 avril 2020 ?

Une fois encore la politique fait cause commune avec la mauvaise foi. Sinon comment des hommes politiques avisés peuvent-ils s’associer pour faire sauter le garant de notre démocratie au nom d’une fausse légitimité ?

Relisons les articles 85, 86 et 94 de notre Constitution à laquelle nous aimons tant nous référer pour les besoins de la cause :

-La Cour Constitutionnelle est juge de la constitutionnalité des lois et elle garantit les droits fondamentaux de la personne humaine et les libertés publiques. Elle est l’organe régulateur du fonctionnement des institutions et de l’activité des Pouvoirs Publics (article 85).

-La Cour Constitutionnelle statue obligatoirement sur :

  • la constitutionnalité des lois organiques et des lois avant leur promulgation;
  • les règlements intérieurs de l’Assemblée Nationale, du Haut Conseil des Collectivités et du Conseil Economique, Social et Culturel avant leur mise en application quant à leur conformité à la Constitution;
  • les conflits d’attribution entre les institutions de l’Etat;
  • la régularité des élections présidentielles, législatives et des opérations de référendum dont elle proclame les résultats (article 86).

-Les décisions de la Cour Constitutionnelle ne sont susceptibles d’aucun recours. Elles s’imposent aux pouvoirs publics, à toutes les autorités administratives et juridictionnelles et à toutes les personnes physiques et morales. Les règles d’organisation et de fonctionnement de la Cour Constitutionnelle, ainsi que la procédure suivie devant elle, sont déterminées par une loi organique (article 94).

Ce qui se profile à l’horizon serait une forfaiture et un précédent très dangereux pour notre démocratie et la stabilité de nos institutions. Car revenir sur un arrêt qui a d’essence « l’autorité de la chose jugée « n’est ni plus ni moins qu’une forfaiture.

Dans cette histoire tout sonne faux chez les tenants de ce changement au nom d’un soi-disant peuple malien.

Qu’on s’insurge contre l’arrêt, c’est tout à fait logique quand il ne vous est pas favorable. Mais la démocratie a ses règles qui veulent que même en cas de défaite qu’on s’aligne. Sinon à quoi bon établir des règles si on doit les dénoncer dès qu’on n’est pas content ?

L’actuel président n’a-t-il pas été victime à plusieurs reprises de la dureté des arrêts de la cour ? A-t-il pour autant appelé à casser la Cour, à marcher sur la constitution puisqu’il s’agit bien de cela quand on sait que la cour tient sa force de la constitution.

C’est pourquoi je salue la résistance de la présidente de ladite Cour, Mme Diakité Manassa Danioko, cette dame habitée par une haute exigence de l’État et du Mali. Vouée aux gémonies aujourd’hui par ceux-là même qui l’ont porté au pinacle quand elle croisait le fer avec Moussa Traoré, la dame Manassa n’est pas un enfant de la république né de la dernière qui jettera son honneur aux chiens enragés. Celle qui a poursuivi un général président et y a gagné son procès avant d’être réintégrée dans le corps de la magistrature, va continuer à défendre les instituions tel qu’il lui incombe de par sa fonction.

Quoi qu’il arrive l’histoire retiendra qu’elle n’aura fait que son devoir et était strictement et sincèrement convaincue que notre pays a besoin d’un État qui dispose des moyens de sa mission au service de la République et de l’intérêt général.

Oui la liberté ne s’oppose pas au pouvoir, elle meurt tout au contraire de l’absence de pouvoir ou sombre quand celui-ci fuit ses responsabilités. Quand l’État abdique de ses prérogatives sous couvert de crise politique et où trop souvent ses responsables gesticulent plus qu’ils n’agissent, des individus prétentieux vont lui en imposer.

Comme disait Montesquieu « la plupart des mépris ne valent que des mépris. «

De toutes les façons L’histoire se chargera de juger ces manifestations comme étant celles de la démesure voire de la déraison et réhabilitera Manassa, Inch’Allah !

BAKARY MARIKO

LE NOUVEAU RÉPUBLICAIN !

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