Taubira : son ouvrage explosif sur la déchéance de nationalité

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Christiane Taubira. - LOIC VENANCE / AFP
Christiane Taubira. - LOIC VENANCE / AFP

Moins d’une semaine après avoir démissionné du gouvernement, elle publie ce lundi 1er février “Murmures à la jeunesse. Révélations.

Surprise…, surprise ! Cinq jours après avoir quitté son poste, avec pertes et fracas,Christiane Taubira crée à nouveau l’événement ce lundi 1er février en publiant un livre-confession, aux éditions Philippe Rey. Intitulé Murmures à la jeunesse, cet essai d’une centaine de pages expose les motivations qui ont poussé la garde des Sceaux à démissionner. Il décrit aussi les raisons pour lesquelles elle était (et reste) opposée à l’inscription de la déchéance de nationalité dans la Constitution.

Écrit dans le plus grand secret depuis décembre, discrètement imprimé en Espagne(le premier tirage avoisine les 40 000 exemplaires), annoncé aux librairies comme un « livre sous X », c’est-à-dire sans nom d’auteur, pour réduire les risques de fuites…, cet ouvrage prend de court le Premier ministre, Manuel Valls, mais plus encore le président.

Un livre qui prend tout le monde de court

Si Christiane Taubira avait pris la peine d’informer François Hollande, quatre jours avant son départ de la Place Vendôme, de son intention de démissionner sans attendre la dissolution du gouvernement, attendue pour début février, elle ne lui avait pas communiqué la date de sortie de l’ouvrage qu’elle préparait. « Tout le monde s’attendait à ce qu’elle sorte un livre, mais nous ne nous attendions pas à ce que cela se fasse si vite », reconnaît sans fard un proche du chef de l’État.

S’il ne se réduit pas à un plaidoyer anti-déchéance de la nationalité, Christiane Taubira consacre presque un quart de son texte (une vingtaine de pages au total) à cette mesure dont elle dénonce le caractère choquant…

« Déchéance de nationalité : peut-être est-ce faire trop de bruit pour peu de chose ? Peut-être serait-il plus raisonnable de laisser passer ? Je ne suis sûre de rien, sauf de ne jamais trouver la paix si je m’avisais de bâillonner ma conscience », écrit-elle. « Osons le dire : un pays doit être capable de se débrouiller avec ses nationaux. Que serait le monde si chaque pays expulsait ses nationaux de naissance considérés comme indésirables ? Faudrait-il imaginer une terre-déchetterie où ils seraient regroupés », énonce-t-elle crûment.

Pourquoi elle est contre la déchéance

Désastreuse sur le plan symbolique, la déchéance de nationalité serait à ses yeux « inefficace » : ses « effets [sont] nuls en matière de dissuasion », insiste-t-elle. Mais alors ? « À qui parle et que dit le symbole de la déchéance de nationalité pour les Français de naissance ? Puisqu’il ne parle pas aux terroristes […], qui devient, par défaut, destinataire du message ? » s’interroge l’ancienne ministre de la Justice. À cette question, Christiane Taubira semble répondre que l’exécutif a opté de ne s’adresser qu’aux « obsédés de la différence, [aux] maniaques de l’exclusion, [aux] obnubilés de l’expulsion ». Voire « aux paranoïaques et conspirationnistes, [qui ne] perçoivent [les binationaux] que comme la cinquième colonne ». Ce qu’elle regrette d’autant plus qu’elle refuse l’idée « qu’être binational [puisse être] un sursis ».

Charge féroce contre la déchéance de nationalité, le texte de l’ex-garde des Sceaux traduit l’état de « schizophrénie » que Mme Taubira a dû vivre pendant plus d’un mois en restant membre d’un gouvernement préparant la mise en application du discours de François Hollande, devant le Congrès à Versailles. « Nous devons pouvoir déchoir de sa nationalité française un individu condamné pour une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation […], même s’il est né français », avait alors déclaré, le 16 novembre dernier, le président… sur les conseils de Manuel Valls et de Bernard Cazeneuve, sans que Christiane Taubia soit consultée.

Les raisons du divorce

« Un mois durant, Christiane Taubira a espéré pouvoir infléchir la politique du gouvernement et empêcher que l’aile dure ne l’emporte dans la mise en place d’un dispositif ultra-sécuritaire. Elle était hantée par l’idée que l’on puisse laisser à d’autres des outils législatifs potentiellement dangereux », glisse l’un de ses anciens conseillers pour justifier son maintien au sein de l’équipe gouvernementale.

Les choses semblent s’être précipitées fin décembre lorsque, conforté par les sondages, l’Élysée a tranché en faveur de la déchéance. C’est ce qui aurait poussé Christiane Taubira à se lancer dans la rédaction de ce livre, dont une partie du manuscrit a été soumise au président, insiste l’entourage de l’ancienne ministre.

Car si Mme Taubira confie son malaise face aux « dérives » sécuritaires du gouvernement et son regret de ne pas voir la gauche s’investir davantage dans le domaine social, elle semble craindre de froisser le président de la République. Son livre n’égratigne à aucun moment le chef de l’État. Mieux, elle en salue l’attitude au lendemain des attentats de novembre.

En publiant ce livre quatre jours avant le début de l’examen du projet de loi constitutionnelle à l’Assemblée nationale qui commence vendredi, Christiane Taubira s’invite dans le débat de manière tonitruante. Mais elle prend garde à ne pas se brouiller définitivement avec l’Élysée…

 Publié le 01/02/2016 à 09:20
Par lepoint.fr
SOURCElepoint.fr
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