Feu Soumaïla Cissé : Un an après, la douleur s’apaise, le souvenir reste intact

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Il y a un an, le 25 décembre 2020, le peuple malien apprenait avec douleur et consternation la disparition de Soumaïla Cissé à l’âge de 71 ans. Une perte immense pour notre pays, la sous-région, voire pour l’Afrique. Pendant longtemps, la mémoire de Soumi Champion sera vivace dans l’esprit de ceux qui l’ont côtoyé.

La nouvelle du décès du président de l’Union pour la République et la démocratie (Urd) dans un hôpital parisien (France) des suites de covid-19, le 25 décembre 2020, a la brutalité d’une secousse tellurique au moment où le Mali, plongé dans une crise multidimensionnelle exacerbée par le coup d’Etat militaro-civil du 18 août 2020 contre le régime du président Ibrahim Boubacar Kéita, a plus que jamais besoin de toutes ses intelligences pour rebondir.

Vu sous cet angle, Soumaïla Cissé, ingénieur informaticien formé dans les meilleures universités et écoles françaises, féru d’économie et de finances publiques, plusieurs fois ministre régalien sous le président Alpha Oumar Konaré (1992-2002), et qui revenait de captivité (il a été l’otage plusieurs mois durant des terroristes écumant le Nord), incarnait l’espoir.

Challenger de feu Amadou Toumani Touré au 2e tour de l’élection présidentielle en 2002 et par deux fois d’Ibrahim Boubacar Kéita (2013 et 2018) ; député élu dans la circonscription électorale de Niafunké (région de Tombouctou) et chef de file de l’opposition, Soumaïla Cissé aurait naturellement eu une longueur d’avance sur ses concurrents si l’élection avait lieu quelques jours avant ce fatidique 25 décembre 2020.

D’abord en raison de l’implantation de l’Urd, une grosse pointure de la politique malienne au même titre que l’Adéma/Pasj et le Rpm (ex-majorité présidentielle) ; ensuite à cause de la migration par grappes successives de leaders et militants politiques vers le parti de la Poignée de mains, mais aussi et surtout au regard de la vision et des ambitions de l’homme pour le Mali.

Incontestablement, il avait le meilleur programme de société pour le Mali aux joutes présidentielles d’août-septembre 2018 et jouissait d’une bonne réputation internationale acquise au titre d’ancien président de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa) à laquelle il a donné toutes ses lettres de noblesse. De plus, il avait ses entrées chez la plupart des chefs d’Etat de la sous-région.

Nonobstant ces atouts, battre un président sortant, candidat à sa propre succession, semble encore un tabou en Afrique. Le leader de l’Urd l’apprendra à ses dépens car si les Maliens de la diaspora et les élites se sont massivement exprimés en sa faveur, le décompte final des voix a plutôt profité à son adversaire, Ibrahim Boubacar Kéita.

En dépit de la révélation de connexions mafieuses, des bourrages d’urnes, des achats de conscience et d’une certaine partialité de l’administration, le président sortant est proclamé élu par la Cour constitutionnelle.

Dans le sillage d’ATT

Contre mauvaise fortune, l’enfant de Pr. Bocar Cissé va cependant faire bon cœur. Les moments de surprise passés, il va remobiliser ses troupes pour les législatives de 2020, aux termes desquelles, il est réélu député à Niafunké dès le 1er tour. C’est au cours de cette campagne pour l’élection des députés que l’incident de son enlèvement a eu lieu à quelques encablures de son fief.

Après plusieurs mois de captivité, Soumaïla Cissé nous était revenu requinqué. Notre peuple recommençait à renouer avec l’espoir quand tout d’un coup la Volonté d’Allah Soubhanalah Wa Tallah s’est accomplie. Seul Dieu sait ce qui est bon pour chacune de ses créatures. D’où l’obligation pour tous de se soumettre au décret divin.

Néanmoins, le souvenir de Soumaïla Cissé, par la Grâce du Tout-Puissant, restera longtemps vivace dans ce pays. Formateur, réformateur et véritable boîte à idées, il a laissé des traces partout où il est passé. Tant à la Compagnie malienne pour le développement du textile (Cmdt) où il a fait ses premières armes au Mali de retour au bercail qu’au ministère de l’Equipement, des Transports, de l’Urbanisme, de la Construction et de l’Environnement (une superstructure gouvernementale), en passant par le Secrétariat général de la Présidence de la République, le ministère des Finances et du Commerce.

Il a formé toute une génération de cadres qui continuent de servir honorablement le Mali à un niveau très élevé.

En mettant en place une Fondation éponyme, la famille de l’illustre disparu voulait battre en brèche les poncifs qui faisaient croire à un Soumaïla Cissé hyper riche, anti-pauvre et loin des préoccupations de ses compatriotes les plus humbles.

En réalité, comme son condisciple à l’école primaire à Tombouctou, Amadou Toumani Touré, il était dans le fond très proche du peuple par ses initiatives et décisions administratives et politiques. Si l’ancien président était spontané, Soumaïla Cissé a été quelque peu mystérieux, peu expansif. Nourrissait-il la peur de causer du tort involontairement ? Mystère !

De toute façon, à l’instar de celui qui a planté un arbre, ATT et Soumi Champion n’ont pas vécu inutile et continuent surtout de servir post-mortem leurs compatriotes en services sociaux de base.  L’auteur sénégalais Birago Diop a mille fois raison : “Les morts ne sont jamais sous terre, ils sont dans le feu qui s’éteint, ils sont dans le rocher qui geint, ils sont dans les herbes qui pleurent, ils sont dans la forêt, ils sont dans la demeure. Les morts ne sont pas mort”.

                   El Hadj A. B. HAIDARA

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