Me Moctar Mariko, président de l’AMDH, à l’occasion de la 20e édition de l’espace d’interpellation democratique : « La crédibilité, donc la survie de l’EID, est plus que jamais menacée »

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Le 10 décembre consacre au Mali, la célébration de l’Espace d’Interpellation Démocratique. Une journée au cours de la laquelle les gouvernants font face aux gouvernés et répondent aux plaintes et interpellations  de ces derniers. Une tribune démocratique qui vaut au Mali une grande considération dans le concert des nations, l’initiative plus qu’unique est une spécificité malienne. Mais au regard de tout ce qui s’est passé depuis les 20 ans que se tient cette session, force est de constater que d’années en années, la chose perd crescendo son sens et devient comme une farce démocratique aux yeux du peuple. Les plaintes s’accroissent et les solutions se font rares. L’organisation de cette édition qui est confiée au bureau du Médiateur de la république consomme annuellement un budget plus que colossal, sans porter les effets escomptés. Cette analyse n’aura pas échappé au président de l’AMDH Me Moctar Mariko qui a déclaré dans sa contribution lue à l’occasion de la session 2015 : « La crédibilité, donc la survie de l’EID, est plus que jamais menacée ».

L’EID, permet au citoyen lambda d’interpeller directement les autorités gouvernementales aussi bien sur les questions de la vie de la nation  que sur les situations particulières auxquelles il est confronté. Cette année une contribution aura marquée l’attention de toute l’audience et par delà la salle. Il s’agit de celle du président de l’AMDH, qui a touché à tous les segments de la vie de la nation, tous les maux qui minent la gouvernance malienne actuelle. Ils sont nombreux, à telle enseigne que le mal de vivre du malien est devenu pour bon nombre une fatalité. L’EID qui devrait permettre de corriger ses « injustices », semble une farce, à laquelle se prête la République à travers les plus hautes autorités pour se jouer du peuple.

Dans son intervention il a attiré l’attention des plus hautes autorités sur un certain nombre de points. Tout d’abord la Justice, où la problématique de l’inexécution des décisions de justice  se pose avec beaucoup d’acuité. Combien de justiciables munis de décision de justice ayant force exécutoire sont dans d’interminables attentes d’être mis dans leurs droits ? Cela est valable tant dans les affaires des particuliers contre l’Etat qu’entre particuliers  eux-mêmes;

De même, l’absence de jurisprudence constante au niveau de nos juridictions est un problème réel et source d’insécurité

Il convient également de rappeler la lenteur dans les procédures judiciaires notamment dans les dossiers des crimes commis au nord du Mali (dans lesquels l’AMDH et la FIDH sont parties civiles) et qui peinent à avancer à cause précisément du manque d’enquête et de l’entrave à l’indépendance de la justice;

Madame la Ministre de la justice et des droits de l’Homme, en raison de ces maux ci-dessus cités, la justice malienne, socle de la paix, et rempart des pauvres, continue malheureusement d’être décriée;

Nous demeurons convaincus que la paix sociale, la paix durable et définitive ne saurait être reconstruite sans une véritable politique de lutte contre l’impunité menée par une justice indépendante et saine.

S’agissant de la paix et de la justice transitionnelle,  sans vouloir jeter du discrédit sur la Commission Vérité Justice et Réconciliation (CVJR) qui vient d’être opérationnelle, nous estimons que dans sa composition l’accent devait être mis sur les critères de compétence, d’intégrité, de crédibilité et non sur d’autres considérations subjectives et politiques. Le contexte malien ne requiert point une commission politique, pléthorique et budgétivore. Monsieur le Ministre de la réconciliation nationale, nous voulons une commission de 15 membres composés d’hommes et de femmes dévoués à la cause nationale. Cela permettra de mettre un terme aux revendications venant d’autres corporations ou groupes armés.

Il n’aura pas mis de coté la sécurité des personnes et de leurs biens, selon Me Mariko, en dépit des efforts accomplis par l’Etat du Mali et ses partenaires dans le cadre de la stabilisation du Mali et de la protection des populations, force est de constater que beaucoup restent à faire. Des attaques sporadiques se multiplient tant au nord qu’au sud et centre du pays entravant les libertés fondamentales des citoyens maliens et étrangers. Il convient également de signaler le déficit de collaboration entre les forces de défense et de sécurité et les communautés qui sont censées être les premiers bénéficiaires de la protection mais qui à cause du manque de confiance et d’abus dans les approches  des forces de sécurité sont méfiantes. « Monsieur le ministre de la nous vous demandons de créer un cadre de dialogue entre les forces de défense et les communautés pour la construction d’une collaboration de confiance et intelligente.

Le problème du foncier qui mine la société malienne telle une plaie infectée de pue n’aura pas non plus échappé aux constats du défenseur des droits de l’homme.  Reconnaissant certes les efforts fournis par les plus hautes autorités, il déclare ceci : « En dépit des efforts fournis par les autorités, Cette épineuse question persiste et est marquée d’une part par des manœuvres frauduleuses de certains élus locaux et chefs des services déconcentrés, et d’autre part, par manque de courage de certains magistrats dans les jugements des affaires relatives aux fonciers ; Il n’est pas inutile de rappeler que les paysans sont dépossédés de leur seul moyen de subsistance au profit des agents de l’Etat avec l’aide des décisions injustes de la justice; D’autres ont été faits prisonniers pour avoir réclamé leurs droits coutumiers pourtant consacrés par l’article 43 du code domanial et foncier. Certains sont décédés une semaine après être mis en liberté provisoire Le cas du village de Siama commune Yangasso dans le cercle de Bla en est une parfaite illustration. »

Les droits humains et accès aux services sociaux de base, n’ont pas été non plus été épargnés. Selon Moctar Mariko, malgré les tentatives de modernisation des services publics de santé par les autorités sanitaires, car le constat fait ressortir que les « hôpitaux publics malades à cause de la promotion des cliniques privées, du népotisme, de la corruption, de la négligence, de la défaillance du matériel médical, Madame le ministre de la santé et de l’hygiène publique, le cas de l’hôpital Gabriel Touré est connu de tous où les patients des services d’urgence et de la traumatologie sont oubliés, laissés aux seules mains des internes, pour ne pas dire à leur sort ou orientés par les médecins traitant vers les cliniques dans lesquelles ils travaillent efficacement. Alors dans ce contexte qu’en est-il du patient démuni ou indigent?

Pour conclure, l’Espace d’interpellation en a également pour son compte. « Notre bébé à nous tous, l’espoir des désespérés, Hélas ! Nous regrettons amèrement le déficit de volonté politique quant à la mise en œuvre de ses recommandations dont l’application devront permettre de répondre aux préoccupations légitimes des citoyens » a-t-il argué. Avant d’interroger respectivement le Médiateur de la République et le Premier ministre en ces termes :

« Monsieur le Médiateur de la République, combien de recommandations ou d’interpellations fondées ont donné lieu à une suite favorable?

Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, Où en sommes-nous avec le dossier des habitants de Sotuba contre la SODEMA, dossier retenu cette année pour suite à donner?

Hamidou N’gatté

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1 commentaire

  1. Une dame a fortement perturbée ma tranquillité avec sa détermination a se dépendre contre le chef de village qui veut la déposséder du terrain (seul héritage de son mari) pour y construire une école coranique. Dans son intervention j’ai compté au mois 7 “Je ne suis pas d’accord” et cette expression est utilisée à chaque fois qu’elle franchie une étape avec brio pour faire reculer le chef de village.
    Pour tous ceux qui sont à un niveau de décision par rapport à la gestion de ce dossier aidez la dame a être dans ses droits si elle a raison.
    Vive la justice pour que vive la Mali

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