Transition au Mali : Et si la classe politique profitait de cette belle opportunité pour poser les jalons de sa rédemption !

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Animé d’une farouche volonté de parvenir à un large consensus autour de la tenue des Assises nationales de la Refondation (ANR) et échanger sur la situation sociopolitique et sécuritaire actuelle, le Colonel Assimi Goïta a pris l’initiative de rencontrer les acteurs politiques sans distinction aucune. C’est ainsi qu’après l’Alliance pour la Démocratie au Mali-Parti africain pour la Solidarité et la Justice (ADEMA-PASJ), le 16 novembre dernier, il a reçu le vendredi 19 novembre 2021 à Koulouba la Coalition des Forces Patriotiques (COFOP), l’Alliance Citoyenne pour la République et la Démocratie, le Mouvement du 5 juin 2020-Rassemblement des Forces Patriotique (M5-RFP) et le Cadre d’échanges des partis politiques pour la réussite de la transition. Et le 29 novembre dernier, il a reçu l’ensemble de la classe politique.

 Malgré cette bonne volonté du Colonel Assimi Goïta,  le Cadre d’échanges des partis politiques pour la réussite de la transition reste sur sa position. «La confiance semble effritée entre les responsables de la transition et une grande partie des acteurs politiques, la neutralité des autorités qui devrait être de rigueur ne s’est pas fait sentir, le consensus prôné et l’inclusivité annoncée ne sont pas encore traduits en actes concrets» ! C’est la réponse du Chef de la délégation du Cadre d’échanges des partis politiques pour la réussite de la transition, Dr Youssouf Diawara, aux propos du président de la Transition lors de leur rencontre avec le président de la Transition dans la matinée du 19 novembre 2021.

Il a rappelé que «l’humilité en tant que valeur doit conduire nos actions et par conséquent, les invectives, les menaces, les intimidations, ne sont pas de nature à aider notre pays à relever les nombreux défis soulevés». Et au finish, «à l’étape actuelle des choses et au regard de ce qui précède, le cadre d’échanges des partis politiques pour une transition réussie, ne prendra pas part aux assises nationales dite de la refondation». Et d’appeler le président de la Transition à «veiller au respect du délai de la transition et à l’organisation d’élections libres, transparentes et crédibles à date pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel normal».

Le lendemain de la rencontre du 29 novembre dernier, ce regroupement opportuniste a publié un communiqué pour dire que ces responsables n’ont pas eu droit à la parole (comme tous les autres) et pour regretter ce  qu’il a appelé «mise en scène». Et du coup, il a maintenu sa position de non-participation aux Assises nationales de la refondation. Une attitude qui ne surprend pas puisque c’est la tête du PM que ces leaders réclament. Où à défaut un gouvernement d’union nationale leur permettant de satisfaire leurs intérêts personnels.

Les leaders de ce regroupement des bannis de la table des convives ont une revanche à prendre sur l’actuel Premier ministre, Dr Choguel Kokalla Maïga. Ils ont mis la tête du PM à prix (malheureusement pour le PM, ils ne sont pas les seuls puisqu’il a été attaqué dans son propre camp du M5-RFP pour des propos jugés offensants pour des démocrates qui se croient au-dessus de la mêlée). Et à la rigueur, c’est un gouvernement d’union nationale qui peut le sauver parce que cela va leur permettre de se remettre à selle et de satisfaire leurs intérêts personnels.

Des mégalomanes à la manœuvre pour rester en selle dans la gouvernance du pays

Comment qualifier aujourd’hui des politiciens qui continuent à vouloir distraire le peuple malien, résolument engagé dans la voie de la refondation et de la reconstruction de leur pays, en appelant à la tenue des élections en février 2022 ? Des gens qui sont prêts à toutes les basses manœuvres pour saborder la transition afin de rester toujours à selle dans la gouvernance du pays, dont garantir leurs intérêts aux dépens de l’indispensable refondation de l’Etat.

Comme l’a dit à Jeune Afrique le ministre de la Refondation chargé des relations avec les institutions, Ibrahima Ikassa Maïga, tous ceux qui aiment ce pays sont aujourd’hui intimement convaincus que «ce n’est pas avec des élections qu’on résoudra la crise». Après le putsch du 22 mars 2012, nous avons capitulé devant la Cédéao et la communauté internationale en faisant des élections une priorité aux dépens des réformes souhaitées. Et nous voyons aujourd’hui où cela nous a conduit.

Ceux qui militent aujourd’hui pour des élections bâclées le savent pertinemment. Mais, sortir le pays de cette crise multidimensionnelle est le cadet de leurs soucis. Comme si tout le mal qu’ils ont fait à ce pays ne leur suffisait pas, ils ne veulent pas saisir cette opportunité historique de se remettre en question et de baliser la voie de la rédemption de cette classe politique dont aurait honte toute démocratie digne de ce nom. Ces mégalomanes cupides sont toujours à la manœuvre pour rester en selle dans la gouvernance du pays. A quelques exceptions près, ils ne cessent de poser des actes ne pouvant qu’éloigner davantage la classe politique des Maliens.

D’ailleurs, deux faits ont récemment accentué le dépit que de nombreux Maliens ont pour la classe politique. Primo, des députés de l’assemblée nationale dissoute qui remuent ciel et terre pour que l’Etat leur rembourse des indemnités ou, à défaut, leurs dépenses de campagne. Et cela d’autant plus qu’ils sont nombreux ceux qui ont tout mis dans la campagne comme si se faire élire député était un investissement judicieux. Le poste est en réalité très lucratif car, en plus des avantages faramineux que les élus de la nation se sont accordés sous l’ère de la démocratie, le statut de député leur confère une superpuissance leur ouvrant presque toutes les portes de la République. Sauf qu’une fois élu, le député est généralement le seul à profiter de son fauteuil à l’Hémicycle et des avantages que cela lui confère. Ce n’est un secret pour personne que notre Assemblée nationale a presque toujours été une caisse de résonance acquise à l’exécutif.

Des revanchards… sans aucune idéologie politique

Le second fait est la plainte d’une chapelle contre l’Etat pour réclamer l’aide publique aux partis politiques. C’est évidemment un droit constitutionnel, notamment l’article 29 de Loi N° 05-047/ du 18 août 2005 (portant Charte des partis politiques) qui stipule que les partis politiques bénéficient d’une aide financière d’une valeur de 0,25 % des recettes fiscales du budget de l’État. Mais, si la classe politique malienne était restée fermement à cheval sur l’application stricte de la constitution, le pays en serait-il là aujourd’hui ? Combien de partis peuvent aujourd’hui prouver (sans tricherie aucune) qu’ils utilisent cette aide comme indiquée dans l’article 30 de cette Loi N°05-047/ DU 18 août 2005.

Cette aide leur est allouée pour les aider dans leurs missions, dont la principale reste la formation politique de leurs militants, des citoyens… qui doivent être les vrais porteurs du pouvoir dans une démocratie.  Le rôle essentiel des partis politiques est de participer à l’animation de la vie politique. Malheureusement, on note depuis quelques années un dépit de plus en plus croissant des citoyens envers les partis dont les animateurs sont considérés à juste titre comme les principaux responsables de l’impasse dans laquelle le pays se retrouve depuis près d’une décennie. Ce dépit se manifeste surtout par l’augmentation du taux d’abstention aux différentes élections. L’échec des politiques se manifeste aussi par l’immixtion des leaders religieux dans l’arène politique.

Ces politiciens, dont la seule vision se limite à leur seule ascension et les dividendes socio-économiques de celle-ci, s’emportent quand on leur reproche leur manque de patriotisme ou quand on les taxe d’aigris, de revanchards… Et pourtant rares sont nos politiciens qui ne se comportent pas comme tel quand ils sont éloignés des délices du pouvoir pour une raison ou une autre. Les différends sont rarement idéologiques. Ce qui fait que les critiques et les suggestions se font en fonction des intérêts individuels en jeu et non pour défendre ceux du pays, du peuple. Autrement, la conviction est la valeur la moins partagée dans notre classe politique.

Aujourd’hui, Dr Choguel Maïga est devenu l’ennemi à abattre pour ceux qui ont été éjectés de leurs zones de confort par la lutte du M5-RFP ayant abouti au putsch du 18 août 2020. A la tête du M5-RFP, Choguel a été l’un de ceux qui ont précipité la chute du régime d’Ibrahim Boubacar Kéita dit IBK. Non content de les avoir sevrés des délices du pouvoir, il s’entête aujourd’hui à les enterrer politiquement en refusant de s’inscrire dans des élections bâclées aux dépens des réformes indispensables à la refondation de l’Etat.

Quand des «caméléons» politiques veulent échapper au rouleau compresseur de l’appareil judiciaire malien

En s’opposant à une prolongation objective de la transition, l’intention des leaders du Cadre d’échange des partis et regroupements des partis politiques pour une transition réussie ne fait l’ombre d’aucun doute. Puisque le processus s’accompagne désormais d’un audit des services publics et d’une lutte implacable contre la délinquance financière, ils sont nombreux à se sentir visés puisque ayant assumé des responsabilités (ministres, directeurs…). Et tant que le pays est dirigé par ce duo de choc (Assimi Goïta/Choguel K. Maïga), il y a peu de chance d’échapper au rouleau compresseur qu’est devenu l’appareil judiciaire malien ces derniers mois.

Blindés dans la roublardise, ils veulent aujourd’hui rouler le Colonel Assimi Goïta dans la farine en le poussant à se débarrasse du Dr Choguel Kokalla Maïga qui, qu’on l’aime ou que l’on déteste, est aujourd’hui le meilleur bouclier qu’il peut avoir contre les sales coups de politiciens qui veulent continuer à se nourrir de la sueur et du sang des Maliens. La tête de Choguel est donc mise à pris par ceux qui ont conduit ce pays au chaos actuel et qui veulent continuer à en faire leur vache laitière. En cédant à leur pression, le président de la Transition risque de fragiliser son emprise sur le pays parce que ceux qui s’agitent sur la touche pour lui forcer la main n’ont aucun intérêt à le laisser aller au bout de sa vision du changement pour sa patrie.

Ces «caméléons politiques» ne sont porteurs ni de projets concrets ni de valeurs idéologiques pouvant l’aider  ​à ​redresse​r​ le navire avant de passer le gouvernail à un pouvoir civil. Ils sont toujours dans la même logique de la «politique alimentaire» : ôte-toi que je m’y mette ! Peu importe que le pays soit enlisé dans cette crise multidimensionnelle depuis une décennie, ils s’en foutent parce que ce qui compte ce sont leurs intérêts !

Heureusement que, pour le moment, ils se heurtent à «l’entêtement» du Premier ministre Choguel Kokalla Maïga et surtout à la détermination du Colonel Assimi Goïta de ne pas mettre la charrue avant les bœufs. Comme l’a déploré un professeur émérite de la place, «ces messieurs et dames, qui sont co-responsables avec IBK de la descente aux enfers de notre pays, ne vont tromper aucun malien conscient ! Ils veulent se transformer en médecins pour nous proposer une thérapie de choc afin de sortir le Mali de cette situation catastrophique créée par eux» !

Pour paraphraser un brillant confrère éditorialiste du pays, ils ne sont en réalité que des «croque-morts» qui veulent «venir officier à l’hôpital» !

Hamady Tamba

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