Développement en Afrique : Impact des envois de fonds des diasporas

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Les envois de fonds ont connu un essor remarquable ces quarante dernières années et apporté un appui financier à d’innombrables familles dans le monde entier. Selon la Banque mondiale, les envois de fonds en Afrique ont atteint 85 milliards $ (44 8800 milliards FCFA, 1$=560 FCFA) en 2019. Toutefois, la baisse de la croissance économique dans tous les pays du monde suite à la pandémie de la Covid-19 pourrait faire baisser d’environ 21%, soit 18 milliards $ (10 080 milliards FCFA), pour atteindre 67 milliards FCFA (37 520 milliards FCFA) selon la Commission Economique des Nations-Unies pour l’Afrique (CEA).

Les transferts des migrants constituent une source cruciale de revenu pour certains pays africains. Selon le Directeur du Groupe des indicateurs mondiaux de la Banque mondiale : « Les envois de fonds des migrants constituent une source importante et relativement stable de revenu pour des millions de familles, mais aussi de réserves de change pour de nombreux pays en développementSi le montant de ces transferts continue de baisser, surtout de façon aussi spectaculaire que dans les pays d’Asie centrale, des familles pauvres du monde entier seront confrontées à des problèmes graves de malnutrition et d’accès aux services de santé et à l’éducation ».

La diaspora africaine est actuellement composée d’environ 30 millions d’adultes et envoie des ressources financières considérables par an aux familles et aux communautés locales dans les pays d’origine. Les transferts des migrants constituent une source importante et stable de financement pour le développement de l’Afrique. Ces envois de fonds des migrants constituent pour les pays africains en grande partie une source de financement extérieur d’une importance considérable comparable aux investissements directs étrangers et l’aide publique au développement. Selon certaines études de la Banque mondiale et de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (Ocde), les transferts des migrants constituent la deuxième source de capitaux étrangers vers l’Afrique au Sud du Sahara, derrière l’Investissement étranger direct (IDE) et devant l’aide publique au développement (APD).

En effet, non seulement les montants en jeu sont très importants en termes absolus et relatifs, mais les migrants sont en réalité des  véritables « acteurs du développement » à travers le financement de projets individuels et collectifs grâce à leurs envois de fonds réguliers. Les transferts effectués de manière informelle vers l’Afrique, correspondraient à un chiffre supérieur ou égal aux transferts officiels. Ces importantes sommes d’argent acheminées par des canaux informels ne sont pas comptabilisables au niveau des comptes nationaux macroéconomiques ; par conséquent, il devient difficile d’estimer leurs valeurs réelles.

Au Mali, pays enclavé, à faible revenu et à vocation agro-pastorale, la diaspora est plus concentrée et la migration reste majoritairement d’origine rurale. Les systèmes de transferts informels y sont donc à priori très développés et bien organisés. Ce marché est qualifié par les banques commerciales à tort  de faiblement rentable. Les Nations-Unies estimaient les transferts de la diaspora vers le Mali à environ 900 millions $ (540 milliards FCFA) par an en 2013. La Banque mondiale, dans une étude sur les migrations et le développement, estimait que le Mali occupait la dixième place en Afrique dans le montant des transferts de la diaspora en Afrique en 2017 avec environ 538 milliards. Quant à la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), elle estimait les transferts unilatéraux au Mali à 565 milliards FCFA en 2018.

Les sociétés de transferts d’argent, présentes depuis la fin des années 90 en Afrique, de même que le mobile-banking et la monnaie électronique  (e-money) ont permis de résorber en un délai très court une grande partie des flux informels et de répondre aux besoins des bénéficiaires, largement sous bancarisés, par les transferts en cash. Toutefois, à  l’échelle mondiale, selon la Banque mondiale (2020), les frais de réception d’un transfert en Afrique ont un coût moyen de 8% contre 5% en Asie du Sud-est. Par ailleurs, l’Afrique reste à cet égard la région la plus chère, avec un coût moyen de 14% pour les envois d’argent.

Enfin, il est important de rappeler l’imprécision de ces chiffres (officiels ou informels). Nombreux sont en effet les pays africains qui ne disposent pas d’agences et/ou d’instruments statistiques adaptés pour évaluer avec précision ces transferts d’argent de façon régulière et/ou rigoureuse. Selon l’interprétation du Fonds monétaire international (FMI), les transferts de fonds sont comptabilisés dans trois parties différentes de la balance des paiements. Ce qui ne facilite pas non plus la comparabilité des flux financiers entre pays au niveau de la balance des paiements.

Diverses études indiquent que les transferts de fonds des migrants prennent une importance croissante dans les économies des pays à forte migration et font ressortir l’importance sociale, économique et financière des transferts de migrants dans les pays récipiendaires. Cependant, malgré leur poids, les flux financiers générés en direction des pays africains demeurent mal connus.   Leur volume représente entre 9 et 24% du PIB des pays étudiés. Les pays à  forte migration comme le Mali pourraient profiter de cette opportunité pour utiliser les transferts des migrants comme catalyseur du développement de leur secteur financier, mais aussi de l’investissement, de la croissance et de l’emploi.  Plusieurs pays d’Afrique cherchent à exploiter cette manne avec des ≪ obligations de la diaspora ≫ pour financer des projets dans les pays d’origine pour les migrants (logements, écoles, centres de santé ou infrastructures rurales).

Dans le même temps, compte tenu de l’ampleur et de la stabilité de ces flux, des États et des institutions financières ont conçu des instruments financiers destinés à mettre l’épargne et les envois de fonds des diasporas au service du financement du développement. Les diasporas conservent une grande proportion de leur épargne sous forme de dépôts bancaires. Les taux d’intérêt sur les dépôts étant proches de zéro dans les banques des pays d’accueil, les travailleurs migrants peuvent préférer d’autres instruments d’investissement, notamment les obligations-diaspora, à savoir « des titres de dette émis par un pays souverain pour lever des fonds en les plaçant auprès de sa population expatriée » (Unctad, 2012b). Plusieurs pays africains, y compris le Nigéria et le Ghana, utilisent les ≪ obligations de la diaspora ≫ pour financer des projets dans les pays d’origine. L’argent ainsi mobilisé pourrait financer des projets prioritaires non seulement pour les migrants mais aussi pour les pays ; logements, écoles, hôpitaux et autres infrastructures socio-économiques. Selon la Banque mondiale, les obligations-diaspora pourraient permettre de mobiliser environ un dixième de l’épargne annuelle des diasporas – soit plus de 50 milliards de dollars – pour financer des projets de développement (World Bank, 2015).

Lorsque des données fiables sont disponibles au sujet des envois de fonds, elles sont utilisées pour évaluer le risque de surendettement. De surcroît, les envois de fonds (envois de fonds des travailleurs et rémunération des salariés) ont une incidence positive sur le compte courant de la balance des paiements. Ils réduisent donc le déséquilibre de la balance des paiements des pays déficitaires. Par ailleurs,  la Banque africaine de développement (BAD) estime que l’Afrique pourrait lever 17 milliards U$D (9520 milliards FCFA) supplémentaires par an en utilisant ces transferts comme garanties. Malgré la présence de nombreux obstacles, les pays africains pourraient tirer  un très grand avantage de la manne financière que constituent les transferts de la diaspora en la prenant en compte dans les mesures de relance de l’économie pour pallier la crise socio-économique engendrée par la pandémie de la Covid-19.

 

Bamako, le 18 octobre 2020

Modibo Mao MAKALOU

MBA /Gestionnaire Financier et Economiste

Ancien Sherpa de la Commission de l’Union Africaine et du NEPAD

Ancien membre du Groupe de Travail sur l’Efficacité de l’Aide de l’Organisation pour la Coopération et le Développement Economiques (OCDE)

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