Le président de l’AMP au sujet de la mise en œuvre de l’accord de paix : «Notre constat n’est pas celui d’un retard, mais plutôt d’énormes difficultés»

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Dans l’interview  qui suit, le président de l’Association médiatique pour la paix (AMP), Fousseyni Diarra, parle des objectifs et de l’avenir de son association.

Le Prétoire: Voulez-vous présenter votre association à nos lecteurs ?

Fousseyni Diarra: L’Association médiatique pour la paix est une association apolitique et à but non lucratif, créée le 09 novembre 2007, enregistrée sous le numéro de référence 0215/Matcl/DNI du ministère de l’Administration territoriale et des Collectivités locales. l’AMP est implantée partout au Mali, elle a commencé sa structuration dans les 06 communes du district de Bamako, ensuite dans les 08 régions du Mali. D’abord, c’est un groupe de jeunes qui a estimé qu’il ne faut pas rester en dehors de la sphère des OMD (Objectifs du millénaire pour le développement). Ensuite, nous avons décidé de prendre des initiatives pour aider le Mali à aller de l’avant, notamment promouvoir les droits de l’homme ; faciliter la coopération entre jeunes/enfants/adolescents; contribuer à la consolidation des actions humanitaires; le renforcement des compétences des jeunes; le développement du domaine éducatif et de la santé, mais aussi et surtout rassembler les fils du Mali autour d’un objectif commun qui est la paix. En clair, nous voulons bâtir une chaîne de solidarité dans ce pays pour qu’un Malien de Kidal se sente mieux à Kayes, et qu’un Malien de Kadiolo aille acheter ses bétails à Ménaka. Il faut reconnaître que l’AMP considère que le Mali est riche de ses hommes et de ses femmes qui sont très dévoués, très intelligents et qu’en s’unissant, nous atteindrons le résultat escompté. Voilà en quelque sorte notre objectif.

Quelles sont les actions réalisées par l’AMP ?

Dans sa mission d’assistance aux personnes vulnérables, l’AMP, de sa création à ce jour, a initié 18 projets dont les 2 premiers furent: l’organisation d’une conférence nationale, sous le thème «Jeunesse et paix», en 2008; et le projet «Actes Patriotiques» à travers les lycées du district de Bamako en 2009. Comme actions réalisées, nous pouvons citer, entre autres, le lancement du projet «le retour à la normalisation», en partenariat avec le ministère de la Réconciliation nationale en août 2014; la réalisation de la journée de consultation médicale gratuite, avec dons de médicaments au profit des enfants démunis des C.E.C (Centres d’écoute communautaire) du Mali, en 2013; la distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide au profit des personnes déplacées du Nord-Mali (sur les 03 sites de Bamako, à savoir les sites de Niamana, de Niamakoro et de Kati) avec comme thème: ‘’Réduction des risques et catastrophes du paludisme’’ en 2012; la campagne de sensibilisation sur la lutte contre le paludisme à travers le district de Bamako, avec comme cible les femmes enceintes et les enfants en 2011; la remise de jouets à 50 enfants de familles démunies de Daoudabougou en décembre 2010; l’organisation des journées de salubrité dans la commune VI du district de Bamako en juin 2010 et juin 2009; l’organisation des journées de sensibilisation sur la lutte contre le VIH/Sida à Bamako en mars 2009 et à Ségou en mai 2009.

Quel est l’avenir de votre association ? Allez-vous la transformer en parti politique ?

Nous sommes apolitiques et nous resterons dans cette dynamique. Nous avons une vision d’instauration, de mise en œuvre, et d’accompagnement. Notre engagement porte sur le respect des principes suivants: d’abord l’amour de la patrie dans nos actes et nos comportements quotidiens en agissant conformément aux valeurs fondamentales de la nation malienne. Ensuite, la solidarité avec les décisions prises par les autorités administratives et politiques dans le strict respect de la personne humaine dans sa diversité. En outre, la primauté absolue de l’intérêt général sur tous les intérêts. Enfin, la proximité avec les citoyens afin de pouvoir se mettre à leur place et de comprendre les maux qui les embarrassent pour en trouver une résolution collégiale. L’avenir de notre association repose sur la détermination de ses membres qui, nuit et jour, veillent au bon déroulement de ce qu’ils se sont fixés comme objectifs; et aussi l’implication de nos concitoyens partout où ils se trouvent pour  l’émergence et le développement de notre processus à caractère commun, c’est ensemble qu’on  peut parler d’avenir.

Quelle lecture faite-vous de l’Accord de paix, notamment sa mise en œuvre qui accuse du retard, selon certains observateurs ?

Le constat de l’AMP n’est pas celui d’un retard, mais plutôt d’énormes difficultés quant à sa mise en œuvre qui nécessite beaucoup de courage, de moyens et prendra sûrement du temps avant de pouvoir faire revenir certains décideurs et organisation de la société civile du Nord comme du Sud à l’accepter. Car des Maliens d’Abeïbara (région de Kidal) et d’Andéramboukane (région de Gao) ignorent totalement le contenu, pareil pour certains du Sud, comme Diangounté Camara (région de Kayes), en passant par Madina-Sako (région de Koulikoro), Soulèye (région de Ségou), et Téninkou (région de Mopti).

Le plan que nous nous proposons en amont est de faire comprendre à tous que chaque communauté, qu’elle soit du Nord ou du Sud, a une culture et aucune d’entre elles ne doit être marginalisée par qui que ce soit; de retracer l’historique des différents accords (de l’Accord de Tamanrasset en 1991 à l’Accord d’Alger signé en 2015, en passant par les 18 points du Pacte national, la flamme de la paix, et l’Accord d’Alger de 2006) tout en les expliquant au peuple autant que nous pouvons, ainsi que les causes qui nous ont conduit au récent accord, afin de pouvoir obtenir un équilibre social durable. Nous résumons cette difficulté en un faible taux de communication, de participation, et d’implication. Je tiens à préciser que l’AMP est optimiste et reste unanime la dessus que le Mali retrouvera la paix, et restera un et indivisible, comme dans le temps ou le Mouvement populaire de l’Azawad (MPA), le Front islamique arabe de l’Azawad (Fiaa), et plusieurs organisations de la société civile du Mali étaient tous ensemble avec un seul but pour instaurer la démocratie.

Qu’attendez-vous en termes de perspectives en 2016 ?

Renforcer la sécurité des personnes et de leurs biens, l’éducation, la santé, et l’emploi des jeunes dans un souci de bâtir un terrain nouveau pour un Mali libre et prospère.

Que pensez-vous de la question d’un éventuel investissement du champ politique par les religieux, sujet qui est de plus en plus au cœur des discours dans notre pays ?

Même si tel est le cas comme vous le dites, je ne vois pas d’inconvénient à cela, chacun est libre de penser, de proposer, et de s’exprimer selon sa conviction de la chose dans le strict respect des droits de l’Homme, surtout que quand la personne se sent insatisfaite. Religion et politique vont de pair, ceux qui la croient nocive ont leur raison de la combattre, ceux qui la croient vitale ont le devoir de la promouvoir. De toute façon, nous sommes dans un pays laïc, et les religieux constituent la majeure partie des électeurs.

Mes vœux les meilleurs à l’ensemble de la presse malienne, ainsi qu’à tout le monde

Propos recueillis par Ibrahim Mohamed GUEYE

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