L’école malienne en question : La survie de l’AEEM hypothéquée

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«L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde.» (Nelson Mandela).
C’est vraiment peu de dire aujourd’hui que l’école malienne est malade, voire à l’agonie.
Nul doute que la désertification intellectuelle imposée à notre peuple par l’apache régime de Moussa Traoré se poursuit encore aujourd’hui hélas ! Il y eût des moments où les scolaires du fondamental se sont vus obligés de transporter matin, midi et soir leurs tables- bancs de la maison à l’école et de l’école à la maison. Pendant ce temps, les enseignements trimaient dans la misère la plus humiliante (faute de salaire).
Cette situation désastreuse, ajoutée au chômage pratiquement inévitable des jeunes diplômés, a entraîné la fuite massive des cerveaux vers les pays limitrophes du Mali: le Burkina Faso, le Niger, le Sénégal, la Guinée Conakry, la Côte d’Ivoire étaient les principales destinations des jeunes diplômés maliens en quête d’emplois pour survivre. À ces pays, il convient d’ajouter le Gabon qui a, sans doute, contribué à la résolution du chômage de ces jeunes diplômés à la croisée des chemins. Là-bas, bien de jeunes maliens ont fait valoir leurs talents intellectuels.
En lieu et place de l’Union nationale des élèves et étudiants du Mali (UNEEM) dissoute par Moussa Traoré pour fait de grèves à répétition, est née l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) pour continuer à revendiquer leurs droits légitimes. Il faut dire et le reconnaître, l’AEEM a joué un rôle essentiel dans le combat pour la chute du dictateur malien. Ce qui fut fait le 26 mars 1991. Cette association s’est courageusement battue pour le changement véritable au Mali, à commencer par une refonte de notre système éducatif national. L’espoir d’un Mali nouveau est né en chaque Malienne et en chaque Malien.
On croyait dès lors à l’amélioration substantielle et qualitative des conditions de vie et d’études des scolaires maliens qui ont accepté sacrifices et privations pour que l’école malienne reprenne la place-pilote qui était la sienne dans le concert des nations africaines. Il faut rendre hommage ici aux nombreuses victimes de la répression du régime sanguinaire et autocratique de Moussa Traoré, sorties des rangs des élèves et étudiants (224 tués). L’objectif fondamental de ce combat de la jeunesse scolaire n’était autre que la refondation de l’école malienne.
Les ‘‘démocrates’’ affairistes ont vite fait de jeter à la poubelle le droit des enfants maliens à l’instruction et à l’éducation rigoureuses pour une école nouvelle. Au lieu d’accomplir avec patriotisme cette promesse, voilà la politique politicienne envahir l’école malienne. À ce niveau, il faut simplement reconnaître que cette grosse montagne a accouché d’une souris aux couleurs bigarrées. Comme le dirait cette célèbre locution latine: «Parturiunt montes: nuscetur ridiculus mus» (les montagnes sont en travail: il en naîtra une souris ridicule). Le constat est aujourd’hui cuisant: l’école malienne est en question. Les politiciens dénués de toute crédibilité ont œuvré à faire de l’AEEM leur arme de combat pour assouvir leurs sales besognes.
Pour ce faire, ils ont converti les consciences scolaires au moyen de billets de banque et de promesses de postes de responsabilité et/ ou d’emplois pour dire adieu à la misère et au chômage. Mais les bénéficiaires savent-ils que c’est là de l’argent sale ? La suite n’échappe à personne: au lieu que l’AEEM devienne un instrument de combat pour un meilleur devenir de l’école malienne, la voilà s’identifier comme instrument de violences aveugles, atroces dignes de temps historiques révolus.
À l’ère de «la démocratie» s’installe dans l’espace scolaire la loi des coupe-coupe, des couteaux, des pistolets, des gaz inhalants et de la drogue. Cette association, qui a joué un rôle fondamental dans la chute de Moussa Traoré, est aujourd’hui réduite aux actes criminels, au vandalisme, au brigandage, non pas pour permettre aux enfants du Mali d’étudier rigoureusement pour emmener notre pays au concert des nations intellectuelles, mais pour se faire de l’argent. Pour le besoin de cette cause, nos élèves et étudiants ont vite fait de transformer les grèves et les renouvellements de bureaux-AEEM en des occasions de se tirer dessus, de se poignarder, de se couper les mains.
Pendant ce temps, les politiciens qui avaient chanté en chœur ‘‘changement’’ se frottent les mains. Les violences physiques et verbales ont élu domicile dans les espaces scolaires, mettant entre parenthèses toutes les lois et tous les principes de gestion de l’école malienne. Il n’était plus surprenant de voir des élèves et étudiants injurier leurs enseignants et même de les menacer de représailles ignobles.
Cette triste réalité, le secrétaire général sortant du bureau de coordination de l’AEEM en la personne de Moussa Niangaly l’a reconnue dans un point de presse qu’il a animé, le 9 février 20121, à l’Institut universitaire de gestion (IUG). Il a dit en substance que de sa création à nos jours, l’AEEM s’est retrouvée dans des situations difficiles, ‘‘notamment des scènes de violences en son sein’’. Comme on le sait donc, chaque renouvellement du bureau de coordination a lieu avec blessures, vandalisme, voire avec mort d’homme. Les politiciens qui n’ont personne derrière eux sur qui compter au moment des élections assistent à ces dérapages sans taper du point sur la table, laissant ainsi notre école se transformer en un no man’s land ou seule compte la vulgarité. Cela rappelle, si besoin en est, cette célèbre réflexion d’un philosophe de la Grèce antique.
Il disait: «Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les maître tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus rien au-dessus d’eux, alors c’est le début de la tyrannie.»(Platon).
Le moins que l’on puisse penser aujourd’hui, c’est qu’il reste impérieux de bannir à jamais la violence dans l’espace scolaire quelque soit sa forme. Ce qu’il convient donc de saluer dans le point de presse du secrétaire général sortant du bureau de coordination de l’AEEM, c’est la nécessité de bannir la violence dans l’espace scolaire. Il a dit en substance: ‘‘Le congrès doit s’inscrire dans le cadre du bannissement des violences dans les établissements scolaires’’.
En tout cas, ce langage n’a pas été bien compris ou a été foulé au pied car après le renouvellement du bureau local AEEM de l’ECICA jeudi dernier, le pistolet a encore parlé, blessant encore quelques citoyens selon certaines sources. Au lycée Massa Makan Diabaté de Baco-Djicoroni, la situation n’aurait pas été des plus souhaitables, vendredi 26 février dernier. Selon ces mêmes sources, le bureau sortant de ce lycée va devoir attendre quelques jours pour procéder au renouvellement de son secrétaire général.
En tout état de cause, le constat est aujourd’hui patent: l’école malienne est vraiment malade, voire à l’agonie. Il faut dire qu’aujourd’hui, les Maliens ont compris que le Mali n’a plus besoin de l’association des scolaires qui tue les scolaires. Son devoir est de travailler qualitativement pour l’amélioration substantielle des conditions d’études, mais le tout dans l’ordre, la discipline et donc dans le respect strict des lois et principes régissant l’école malienne. C’est à ce seul prix que l’école malienne retrouvera ses lettres de noblesse.
Deux (02) faits majeurs attestent que les autorités de la transition sont déterminées à mettre fin à ce cycle chronique de violences dans l’espace scolaire.
– Premièrement, les parkings des motos dans les établissements publics ne sont plus gérés par les comités locaux de l’AEEM
– Secondo, les équipes mobilisées pour l’élection des secrétaires locaux dans nos écoles sont intraitables sur la cause de la paix et de la concorde dans l’espace scolaire. Hier, lorsqu’on disait qu’il y avait élection des secrétaires généraux locaux dans les écoles, les administrateurs fermaient les bureaux pour se sauver. Ça c’est quelle école ? Cette année ce n’est pas le cas encore !
– Le moins qu’on puisse dire aujourd’hui, c’est que les Maliens dans leur écrasante majorité souhaitent la dissolution pure et simple de l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) qui s’illustre jusque-là par les violences et des morts d’hommes. À défaut de telles mesures pour la paix et la tranquillité dans les espaces scolaires, il est évident que la survie de l’Association des élèves et étudiants du Mali est aujourd’hui hypothéquée.
Pour tout dire, la transition doit se démarquer totalement de la nébuleuse gestion de notre école qu’en avaient faite les ‘’démocrates’’ en mal de crédibilité, d’amour pour le Mali et de respect pour notre peuple travailleur. Pour ce faire, l’école doit retourner à l’école et les querelles politiciennes n’ont plus de place dans l’espace scolaire.
Pour le respect scrupuleux de l’autorité scolaire aujourd’hui en proie à l’effritement ! Cela nécessite la récompense du mérite et la sanction (sans discrimination) de la faute. Sans sanctions, il n’y aura pas le Mali nouveau appelé de tous les vieux par les masses laborieuses. Sans sanctions exemplaires, il n’y aura pas d’école. En parlant sous le contrôle des pédagogues patriotes, il faut certes sensibiliser, mais il faut aussi sanctionner.
Aristote disait avec juste raison: «Les hommes obéissent bien mieux à la nécessité qu’à des paroles, à des châtiments qu’à des représentations. La loi seule a le pouvoir de les contraindre. On prend en aversion les hommes lorsqu’ils contredisent les passions, mais on ne hait point la loi.»
Il urge que tout le monde comprenne que l’édification d’un Mali nouveau passe nécessairement par la refondation de notre système éducatif national. Nelson Mandela disait: «L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde.»
Fodé KEITA

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