COVID-19/emplois : L’autre crise

0

Coronavirus, avec son lot de mesures barrières tue le commerce. Le couvre-feu a tué le commerce de nuit à Bamako.

Nous vivons de cela”, se lamente Mariam, impuissante. Assise au milieu de ses fourreaux de brochettes, la restauratrice et ses 5 employées guettent sans cesse d’hypothétiques clients. 19 h. Amadou, un abonné fidèle du coin, prend enfin place sur une des chaises du restaurant à l’extérieur. Le client passe sa commande : poulet grillé.

Si cette première commande a changé l’ambiance, Mariam Dramé dite Mème Sira n’a plus que deux bonnes heures avant la fermeture de son restaurant, prévue à 21h. “On n’a préparé qu’une petite quantité mais vous constatez vous-même qu’il n’y a pas de clients. Tout est arrêté maintenant. On n’avait décidé de fermer complément pendant un temps, mais quand on ne travaille pas mes employés ne sont pas payés”, s’inquiété-t-elle. Elles gagnent combien par mois ? “Je leur paye entre 15 000 à 20 000 FCFA et plus par mois”.

Avec un tissu entrepreneurial constitué à 90 % de PME, dont 80 % (Instat 2017) évoluant dans le secteur informel, l’apparition de la pandémie de Covid-19 au Mali et l’instauration des mesures d’endiguement étouffent plusieurs activités, surtout économiques.

Avant la crise sanitaire Mème Sira ouvrait son restaurant à 19 h pour fermer à 3h du matin, souvent plus. Ses deux décennies dans la restauration lui avaient valu d’être parmi les plus connus de la Commune III par les amateurs de viande de bœuf, de poulet et poissons grillés. Ses revenus, qui tournaient en semaine autour de 150 000 à 200 000 F CFA, grimpaient jusqu’à 300 000 F CFA à 400 000 F CFA les week-ends selon la restauratrice.

Maintenant tout est arrêté se désole-t-elle. Nous sommes conscients que cette pandémie ne secoue pas le Mali seulement. C’est le monde entier mais les autres continuent à travailler la journée, nous qui menons des activités la nuit sommes bloquées à la maison. Est-ce que c’est normal ?”, s’interroge-t-elle, l’air plus préoccupée du sort de son stock de ce soir qui ne sera pas encore écoulé.

A quelques kilomètres de la gargote de Mème Sira, se trouve un point de vente de poulets rôtis au four de Tolo et frères. Ousmane Tolo, gérant du point de Bolibana donne des coups de main à ses travailleurs afin de servir rapidement ses derniers clients de la nuit. Avec l’instauration du couvre-feu de 21h à 5 h du matin, le commerçant a revu ses heures de travail. Ils commencent à 15h pour finir à 20 h. “Nous connaissons beaucoup de méventes maintenant parce que nous rentrons tôt à cause du couvre-feu. Il y a peu de clients qui viennent maintenant. Hier par exemple, nous n’avons vendu qu’une trentaine de poulets alors qu’avant c’était le double du chiffre voir plus selon les jours”.

La Banque mondiale dans son dernier rapport semestriel consacré à la conjoncture économique africaine, paru en avril, a évalué que des pertes de production dans la région pour 2020 vont se chiffrer entre 37 milliards et 79 milliards d’USD. Le rapport estime que les conséquences de la crise du Covid-19 sur le bien-être des ménages devraient être également tout aussi dévastatrices”.

Dans les circonstances actuelles, il faut aussi tenir compte du fait que la plupart des travailleurs de la région opèrent dans le secteur informel, sans bénéficier de protection comme une assurance maladie, une assurance chômage ou des congés payés. Ces personnes ont en général besoin de travailler tous les jours pour gagner leur vie et couvrir les besoins essentiels de leur famille. Un confinement prolongé risque de menacer leurs moyens de survie”. Avait soutenu Cesar Calderon, économiste principal à la Banque mondiale et auteur principal du rapport en vidéo conférence.

Africa’s Pulse à son tour, propose aux responsables politiques africains d’élaborer une stratégie en deux volets avec les buts de sauver les vies et protéger les moyens d’existence”.

Dans l’immédiat, les gouvernements doivent, recommande-t-il, déployer des programmes de protection sociale, notamment pour les travailleurs du secteur informel. “Il faut pour cela organiser des transferts monétaires et en nature (distribution d’aliments), accorder des aides sociales aux personnes handicapées et âgées, subventionner les salaires pour éviter des licenciements massifs et suspendre les redevances pour les services essentiels (électricité et transactions électroniques)”.

Face à la pandémie, la majorité des restaurants et fastfood de Bamako ont installé des dispositifs d’hygiène à l’entrée de leur local malgré tout, les clients ne se bousculent plus.

Les promoteurs ne pourront tenir très longtemps ce cap reconnait MR, gérant d’un restaurant et un super marché. “Nous avons déjà perdu un 1/3 de notre chiffre d’affaire. La situation n’est pas critique sur nous pour le moment parce que notre supermarché est encore fonctionnel. Mais au restaurant, les ventes ont diminué considérablement. Les quelques clients qu’on reçoit préfèrent plus faire des emportés”.

Plus d’une semaine après l’annonce des mesures sociales contre le Covid-19 par le Président IBK, certains des restaurants et gargotes continuent tant bien que mal de tourner avec leur effectif  habituel, cependant, n’écartent pas le spectre d’une autre crise qui s’ajouterait aux crises actuelles”. “Les autorités ont annoncé des mesures d’accompagnent aux entreprises privées et aux employés. Nous n’avons rien reçu pour le moment. Si la situation ne s’améliore pas, à ce rythme on sera obligé de mettre des travailleurs au chômage technique pour pourvoir supporter les charges”, envisage ce promoteur de restaurant.

 

Kadiatou Mouyi Doumbia

 

Commentaires via Facebook :

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here