Ingerence politique dans la crise du CNPM : Le jeu dangereux de Choguel

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A peine installé dans son fauteuil primatorial, le voilà qui multiplie les faux-pas au sommet de l’Etat : non content de violer la charte de la transition, en allant au-delà de 25 ministres requis pour la formation du gouvernement, il se met à enfreindre une règle essentielle du jeu républicain et démocratique, qui lui fait obligation de respecter la justice, en s’immisçant, en tant qu’Exécutif, dans une affaire judiciaire ; celle relative à la crise du patronat. Ce qui lui ôte toute notoriété à assumer les privilèges d’une charge qui lui requiert une grande aptitude républicaine.

A quel jeu dangereux joue le Premier ministre Choguel Maïga à s’immiscer dans une affaire judiciaire, en l’occurrence celle concernant la crise du Conseil national du patronat malien (Cnpm) ; un dossier toujours pendant devant la justice ?

En s’octroyant, comme il l’a fait en début de semaine dernière, le droit de rendre visite, au siège du patronat, à l’un des protagonistes de ce conflit larvé, en l’occurrence le clan Diadié dit Amadou Sankaré, le Premier ministre Choguel Maïga, connu pour ses diatribes répétées contre les potentiels adversaires, a jeté de l’ombre sur la fonction qu’il incarne au nom de la république, et dont l’un des principes fondamentaux est celui de la séparation des pouvoirs.

En effet, en se rendant auprès de Diadié Sankaré, président autoproclamé du CNPM, dont l’autorité est très fortement contestée par l’autre camp rival, le chef de l’Exécutif de la transition sait, au-delà de tout, qu’il a violé l’une des normes cruciales du mécanisme du jeu républicain et démocratique, par lesquelles lui-même tire le fondement légal de sa fonction.

D’où l’interrogation fondamentale qui en découle, à savoir s’il est désormais apte à assumer les attributs fondamentaux  de sa fonction, en tant que Premier ministre de la transition, dès lors qu’il s’est intentionnellement mis au travers de la légalité institutionnelle et républicaine en faisant une telle immixtion grave et dangereuse dans une affaire judiciaire.

En plus, Choguel Maïga, en commettant un tel impair, inqualifiable au regard des normes institutionnelles, savait pertinemment ce à quoi il devait s’attendre. Et pour cause ? Il avait été mis au parfum de cette crise ouverte au sein du Patronat, dès sa prise de fonction, par le camp rival, notamment le bureau dirigé par Mamadou Sinsy Coulibaly. Ce dernier lui avait demandé la stricte neutralité dans ce dossier, en attendant que le fond de l’affaire soit tranché par la justice.

Tenez-vous-même : à la date du 14 juin dernier, une correspondance en bonne et due forme lui parvenait de M. Mamadou Sinsy Coulibaly, l’autre tendance rivale du conflit du patronat, pour lui expliquer clairement le fond de cette crise et les procédures judiciaires y afférentes non encore vidées, en lui sollicitant de ce fait la stricte neutralité.

Dans cette correspondance à lui adressée par le camp dissident qui revendique l’organe dirigeant du Cnpm, en même temps que le président autoproclamé, l’évolution du dossier judiciaire concernant le Patronat est entièrement portée à sa connaissance. En l’occurrence, il lui est rapporté ceci : « Nous avons donc aujourd’hui deux bureaux et deux présidents du Cnpm qui revendiquent tous la légalité et la légitimité en qualité d’organe dirigeant du Cnpm.Compte tenu de la spécificité du secteur et malgré l’impact de cette crise sur notre pays, toutes les tentatives de règlement à l’amiable se sont soldées par un échec. Nous, membres du bureau de la liste de Mamadou Sinsy Coulibaly, rappelons donc que la liste de bureau dirigée par Amadou dit Diadié Sankaré n’a ni la qualité, ni le mandat pour agir et parler au nom du secteur privé ».

Voilà qui est clair et qui devrait conduire le chef de l’Exécutif qu’il est, ayant parfaitement une haute conscience de ses responsabilités au regard des normes démocratiques, à observer une attitude républicaine en la matière. Et cela, d’autant plus que la correspondance du camp dissident, qui lui a été transmise, poursuit en ces termes, après avoir fait le point des procédures judiciaires y afférentes : « En raison de ces procédures judiciaires non encore vidées, nous voudrions solliciter de la Primature d’observer une neutralité dans cette crise du Cnpm. Nous osons croire que Monsieur le Premier ministre, chef du Gouvernement, comprendra notre démarche légitime et citoyenne ».

Toutes ces précautions d’usage, le Premier ministre de la Transition, Choguel Maïga, n’en a que faire, en raison justement du peu de respect qu’il a des normes démocratiques, l’autorisant, lui, sans se sourciller,  à s’octroyer une telle immixtion grave et pernicieuse dans une affaire judiciaire, en tant qu’autorité administrative centrale.

Rien ne peut arrêter Choguel K. Maïgaà franchir une telle ligne rouge, ni même la haute conscience qu’il devrait avoir de ses responsabilités publiques, encore moins le nécessaire et indispensable esprit républicain qui devrait l’habiter dans la plénitude d’une telle charge. Dès lors que lui-même, au-delà de toutes autres considérations, ne mesure pas, en premier lieu, le coup fâcheux qu’une telle méprise sur la légalité institutionnelle peut lui porter, à lui, et à la charge publique qu’il porte.

Pauvre de nous…

Oumar KONATE

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