Application du règlement 14 de l’UEMOA au Sénégal : La Douane s’enrhume, les transitaires éternuent à Diboly

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La douane de Diboli

L’application du règlement 14 de l’UEMOA révolte les transporteurs au Sénégal. Pendant ce temps, les douaniers et les transitaires rasent les murs à la frontière, Diboly et l’état de la route en rajoute à une crise qui grève considérablement les recettes douanières malgré les efforts titanesques déployés par les gabelous. Explications

Moins de 10 dossiers sur le bureau du Chef des gabelous à Diboly, bourgade frontalière Mali-Sénégal. Paradoxe pour qui connaît cette frontière qui, en temps normal, prend en charge une moyenne de 300 dossiers de dédouanement par jour au compte des bureaux des douanes de l’intérieur. Une certaine presse, hyper motivée, s’était précipitée sur le coup pensant décrocher un scoop en écrivant fallacieusement que l’absence de dossiers est due à une grève de commissionnaires agréés en douanes mécontents de l’application rigoureuse de la réglementation douanière à cette frontière qui traite plus de 60% de matière douanière taxable. Même si les temps sont durs, il faut tâcher de rester digne, enseigne la sagesse populaire.

Manquer de dossiers et de clients du fait d’une application de règlement 14 de l’UEMOA lié à la charge à l’essieu est-il une raison justifiable pour s’en prendre au personnel douanier à Diboly ? Assurément non. Soyons raisonnables ! Nul ne peut ignorer les causes de cette période de vache maigre. Elles ont pour noms : la mise en œuvre de ce fameux règlement 14 et l’état désastreux de nos routes qui ne permettent plus aux chargeurs de faire le nombre de rotations nécessaires à la rentabilité de leurs investissements sur les engins roulants.

Le regroupement des syndicats de transporteurs du Sénégal s’est pourtant opposé à la mise en application unilatérale, depuis le 1er septembre, du règlement 14 de l’UEMOA, obligeant le pesage à l’essieu des camions. Réunis en assemblée générale le samedi 30 août, les professionnels des transports considèrent cette loi inappropriée et obsolète. Ils partent en grève, faute d’être associés aux négociations. Au Mali, les conséquences de cette décision sont énormes. En tête de liste des victimes collatérales, caracole en tête de peloton, la Douane qui se voit privée de recettes fiscales importantes.

 LA DOUANE SAUVE DES MILLIARDS 

Quant au point relatif à l’état de la route, il faut rappeler que les jeunes de Kayes, Kolokani et Kati ne se sont pas passés par le dos de la cuillère pour dénoncer les conditions infrahumaines de transport des personnes et de leurs biens via l’axe Kayes-Kati. Aux grands maux les grands remèdes, ils ont bloqué la route nationale durant plusieurs jours occasionnant une perte de recettes dépassant les 2 milliards de FCFA par jour.

Après le retour à la normale, le Directeur général des Douanes dont le service est touché de plein fouet par cette manifestation de colère a mobilisé tout le personnel douanier pendant le week-end pour minimiser les pertes fiscales. Au même moment, l’axe guinéen a enregistré lui aussi une interruption de circulation après l’effondrement de route suite à un glissement de terre. Le malheur ne vient pas seul. Malgré le blocage des deux corridors, l’administration douanière a bouclé le mois avec des recettes de plus de 42 milliards de FCFA.

« Nous avons fait des emprunts aux banques pour renouveler nos parcs automobiles. Le plan d’affaires prévoit au moins trois rotations par mois. Avec l’état de dégradation avancé des routes, nous faisons à peine une rotation. Ce n’est pas tenable malgré les efforts déployés par la Douane pour recoller les morceaux » a déploré un transporteur qui craint le pire pour notre économie si rien n’est fait.

UNE GREVE ARTIFICIELLE A DIBOLY

A Diboly, les transitaires sont aussi victimes de cette crise. Ils chôment et certains rasent les murs. Le bureau des douanes se bat comme il peut pour soutenir le secteur du transit en veillant au bon montage des dossiers. « Ici à Diboly, nous sommes plusieurs centaines de personnes à vivre des bénéfices du transit et du mouvement des camions. Mais il faut reconnaître certains d’entre nous savent à peine écrire leur nom. C’est justement ce qui explique le fait que beaucoup de dossiers sont mal montés. Or, les douaniers sont intraitables à ce sujet. C’est alors difficile de travailler avec des transitaires qui ne maitrisent pas les procédures » regrette une commissionnaire agréée auprès des douanes maliennes.

Et d’ajouter : « Il faut vraiment féliciter le chef de bureau actuel et toute son équipe pour le professionnalisme dont il fait montre. Sa rigueur fait souvent grincer les dents des magouilleurs mais je témoigne qu’il ne fait qu’appliquer la réglementation douanière ». Le nommé Ousmane Traoré, chef du bureau des douanes de Diboly, malgré nos multiples appels s’est refusé à tout commentaire nous renvoyant à sa hiérarchie pour tout commentaire à propos d’une grève des transitaires à Diboly. Peu loquace, il se borne à dire qu’il ne fait qu’appliquer les directives de sa hiérarchie en termes de vigilance et de bonne prise en charge des cargaisons.

Après vérification du vent de grève, il s’est avéré qu’il n’y pas un soupçon de soulèvement mais seulement un manque de dossiers d’une part et une application rigoureuse des procédures douanières à la frontière entre notre pays et le Sénégal d’autre part.

Abdoulaye Niangaly

 

Encadré 

 UNE EQUIPE EN BETON A LA TETE DES DOUANES MALIENNES 

Par ces temps qui courent, les charges du staff dirigeant de la Direction générale des Douanes sont lourdes à porter. Entre les nombreuses contingences endogènes et exogènes, l’atteinte des objectifs est une priorité absolue. Mais comment atteindre le niveau des 687 milliards assignés au titre de l’exercice 2019 lorsque les routes sont dégradées, les transporteurs sénégalais en grève intempestive, les principaux axes bloqués par des activistes, les bitumes s’écroulent sous la puissance des eaux diluviennes ?

Au niveau local, les détracteurs des autorités en place sont constamment butés à la capacité incroyable des services des douanes à trouver des réponses justes et adaptées aux écueils rencontrés dans la mobilisation des recettes de porte et l’assainissement de l’environnement économique national.

Pourquoi courent-ils ces transitaires activistes à Diboly ? La question mérite une attention particulière parce que des zones d’ombre crèvent l’œil. Par voie de presse, l’information d’une grève locale a fait le chou gras de plusieurs canards. Contactés par nos soins, ni le SYTRAM (syndicat des transits agréés), ni la Direction générale des Douanes, ni les Conseil national des patrons, ni les chargeurs ne sont informés d’une grève de commissionnaires en douane à la frontière.

Nos investigations ont révélé qu’une poignée de pseudo transitaires à qui le Chef du Bureau des Douanes de Diboly a coupé toutes les issues de la fraude et de la délinquance. « Le processus de dédouanement commence ici. Donc il est nécessaire d’introduire dans le logiciel de dédouanement des informations justes pour éviter les déperditions fiscales au niveau des bureaux de destination » explique un gabelou expérimenté.

Désormais à découverts, il est de notoriété publique qu’ils montent très mal, consciemment ou inconsciemment, les dossiers des marchandises pour maximiser leurs gains. Le pêché mignon de l’équipe douanière en place ne peut être que la rigueur de la gestion matérialisée par l’application rigoureuse de la réglementation douanière. Haro donc sur les faux transitaires pour que vive l’économie malienne.

Abdoulaye Niangaly

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1 commentaire

  1. Ce qu’il faut savoir c’est que la surcharge qui détruit nos routes. Les transporteurs étant ceux la qui surchargent les camions sont par ricochet qui ceux dégradent les routes pour leur propres camions et nous les citoyens. Ne pas pouvoir faire les 3 rotations est dû à l’état actuel des routes. Par conséquent, les transporteurs détruisent à petit feu leur propre activité en refusant que la R14 soit appliquée : c’est un cercle vicieux.
    Une route de qualité sans surcharge permettra de faire plus de 3 rotations pour rentabiliser les investissements et c’est la seule voie de sortie pour tous (gouvernants, transporteurs et populations)

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