Ousmane Cherif Madani Haïdara : «La conduite actuelle du pays nous oblige à nous préparer»

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« Je vous demande à tous de vous organiser… Mais ce pays a changé… Si nous ne nous organisons pas, en nous donnant la main, même la pratique de notre foi sera rendue un jour difficile pour nous dans ce pays. Il n’est plus question aujourd’hui de Dieu, seul l’intérêt personnel préoccupe les uns et les autres. C’est fini, nous n’accepterons plus de rester sans réagir ! 

 Nous n’avons pas besoin de chercher à être président du Mali, nous n’en avons pas besoin. Mais nous sommes obligés de chercher à nous sauver. Nous avions renoncé à beaucoup de choses, mais nous sommes contraints d’y revenir. Là où nous sommes aujourd’hui, préparez-vous ! Si vous êtes sollicités, ne vous vendez à personne. Prenez-y garde ! Si vous êtes membres d’un parti, dites à votre chef de parti que votre maître vous a recommandé de surseoir à toute décision. Attendons de voir d’abord !

Préparez-vous et préparez vos proches, d’ici les prochaines élections au Mali… Ce jour-là, nous dirons ce que nous aurons à dire…  Au stade où se trouve le Mali aujourd’hui, nous nous devons d’affirmer enfin notre présence. Personne ne vaut mieux que nous pour assumer et personne n’est mieux placé que nous pour y prétendre… La conduite actuelle du pays nous oblige à nous y préparer…».

Le Chérif de Banconi dégaine à son tour. D’ordinaire beaucoup plus réservé que Mahmoud Dicko sur les questions politiques, même s’il est réputé roublard et très actif en sous-main. Cependant, une vidéo du genre avait abondamment circulé sur les réseaux sociaux, en 2018, au plus fort de la campagne pour la réélection d’IBK, dans laquelle le Chérif demandait à ses fidèles de voter pour celui des candidats qui avait le nom de Dieu à la bouche. Soit donc IBK qui ne manquait jamais une occasion de références religieuses et de sourates.

Pourtant, à l’époque, quand Mahmoud Dicko et le Chérif de Nioro appelaient ouvertement à voter contre le président sortant, le Chérif de Banconi déclarait publiquement qu’il ne soutenait personne. Mais Chérif Madani Haïdara, le Guide des Ansar Dine, s’était montré plutôt discret depuis la chute de Ibrahim Boubacar Kéita.

Au plus fort de la bronca populaire contre ce dernier, il n’avait cependant pris part à aucune manifestation politique, ni répondu à aucune des nombreuses sollicitations que Mahmoud Dicko, alors fort de son statut d’autorité morale du M5-RFP, lui avait en vain adressées pour assister aux meetings de la contestation populaire. Àl’époque, l’opinion n’était pas loin de noter sa nette préférence pour le régime défunt.

D’ailleurs, courant fin 2019 et jusqu’à la chute du régime le 18 août 2020, Haïdara n’avait fait que quelques apparitions sporadiques, le plus souvent devant ses fidèles à l’occasion des raouts du Maouloud et très peu comme nouveau président du Haut conseil islamique.

Avec l’avènement de la Transition, et face à la polémique des choix prosélytes de membres des institutions transitoires, le Guide des Ansar était apparu pour fustiger l’immixtion des leaders religieux dans la gouvernance politique, en interpellant publiquement Bah N’Daw et AssimiGoïta, les sommant de déclarer publiquement si lui ou l’un de ses proches étaient intervenus pour désigner un ministre ou un membre de la nébuleuse du CNT.

L’exercice consistait à se démarquer de… Mahmoud Dicko, dont l’implication personnelle et très active était avérée à toutes les étapes du processus de mise en place des institutions de l’actuelle transition.L’appel du Guide de Banconi-Djanguinébougou est un lourd pavé dans la mare déjà glauque des préludes aux futures échéances.

En effet, au-delà de toute hypocrisie, toute prise de position de Haïdara, telle qu’annoncée, sera faite en opposition au choix de Mahmoud Dicko, dont on sait les positions de plus en plus controversées et visiblement en manque de repères pour élargir sa base politique. Indubitablement, c’est moins un appel à la mobilisation de sa troupe qu’un signal fort lancé à toute prétention politique quant à l’existence d’un mouvement religieux disposant d’une nombreuse obédience.

L’invitation, récemment faite à Seydou Coulibaly, le satrape de CIRA Immo, l’héritier politique de IBK, par Chérif Madani Haïdara, comme invité d’honneur à l’une des manifestations religieuses géantes des Ansar à Ségou, participe-t-il déjà du futur choix du Guide religieux ? L’homme d’affaires est pourtant considéré comme très proche de… Mahmoud Dicko !

 

Bourama Kéïta

 

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