Que sont-ils devenus : Notre rencontre avec Moustapha Diakité nous plonge dans les souvenirs des années 1980-1990.

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L’époque où le football malien n’avait pas de gros moyens, mais suscitait un grand enthousiasme, un enjeu permanent et des derbys à vous couper le souffle. Le tout soutenu par les titres accrocheurs du journal sportif national “Podium”. Le Djoliba, le Stade malien, l’AS Réal et même le COB avaient des effectifs de qualité, des individualités hors pair.  Parmi ces talents un certain Moustapha Diakité. Il fit ses débuts à l’US Sevaré, avant de débarquer à Bamako pour jouer au Djoliba et finir sa carrière au Stade malien de Bamako. Partout il a laissé des souvenirs à la mesure du renard de surface qu’il fut.  Moustapha Diakité nous rappelle cette finale de la coupe Calvé, entre le Djoliba AC et l’AS Réal. A l’issue de la prolongation, il crée la sensation. Après un tandem avec Bréhima Traoré, il décale Mamadou Kéita dit Tony sur le flanc droit. Lequel lui rend la monnaie. Entre-temps Moustapha Diakité s’était placé pour battre du pied plat le portier réaliste, Moussa Bakayoko.  Et le journal Podium avait titré en son temps : “Finale de la coupe Calvé/Djoliba-AS Réal : La délivrance”. L’enfant de la Venise malienne est notre héros de la semaine pour l’animation de la rubrique “Que sont-ils devenus ?” Moustapha Diakité nous a reçus au Quartier du fleuve, pour parler de sa carrière, à la faveur d’un long entretien.

Sa vision sur le football malien

Dans sa retraite sportive, Moustapha Diakité digère mal la défaite du Mali aux portes de la Coupe du monde “Qatar-2022”. Il s’offusque de l’élimination des Aigles du Mali par la plus mauvaise équipe de l’histoire du football tunisien.

Concernant les clubs, l’ancien international du Stade malien souligne que les perspectives manquent dans le temps. Certes il est loin des stades, mais il apprécie deux techniciens qui, selon lui, ont la connaissance du football et un avenir prometteur. Il s’agit de Sékou Seck dit Bako (entraineur du Djoliba) et Demba Traoré (coach des Aiglons).

Moustaph Diakite et Roger Milla

A l’en croire, le problème du football malien aujourd’hui est lié à la gestion de l’après Can de Yaoundé 1972, c’est-à-dire que les acteurs n’ont pas dit comment et pourquoi le Mali a échoué. Personne n’a eu le courage de dire ce qui s’est réellement passé.

Selon Moustapha Diakité on devrait faire l’état des lieux de la préparation à la défaite en finale, ce qui aurait permis d’avoir une nouvelle vision, parce que l’argent n’est pas le seul facteur déterminant dans la gestion du football, les ressources humaines comptent beaucoup.

Victime d’injustice au Stade malien de Bamako

Dans l’animation de la rubrique “Que sont-ils devenus ?”, il nous arrive d’être particulièrement ému par des injustices. C’était le cas avec l’ancien international du Réal, Seydou Traoré dit Guatigui, tant sa situation est pathétique. Une fois de plus nous avons pris une douche froide lors de notre entretien avec Moustapha Diakité.

Que s’est-il passé ? A son arrivée au Stade malien de Bamako, il a été victime d’une injustice, de la part d’un ancien joueur, devenu entraîneur et dirigeant par la suite parce que celui-ci avait des comptes à régler avec son grand frère, Aly Diakité dit Aly Ba, à l’époque encadreur au centre de formation des Blancs.

D’après Moustapha son détracteur lui a dit en face, qu’il fera tout pour le détruire. Effectivement, il a tout mis en œuvre pour entraver sa carrière au Stade. Pour preuve le dirigeant en question l’enleva du groupe à la veille d’un voyage sur la Tunisie sans autre explication. Mieux, il disait aux entraîneurs de le déclasser. Malgré tout Moustapha s’est battu pour forcer sa titularisation. Son sang-froid durant le récit nous surprend.

“Mon éducation ne me permet pas certains comportements. Je suis convaincu que seuls les médiocres cherchent à piétiner les autres. J’ai raté des opportunités, pour n’avoir pas été dans de bonnes mains. La preuve ? L’entraîneur Oumar Bah en vacances à Bamako, a dit au dirigeant en question que vu mes qualités il désire m’amener en France. Jusqu’au jour d’aujourd’hui, personne ne m’a informé. En son temps, c’est le planton du Stade malien, Karamoko dit Kara qui m’a fait la révélation. Il était là quand Oumar Bah tenait ces propos. J’ai supporté et digéré en même temps cette injustice.

En 1990, à quelques heures de la finale de la Coupe du Mali, le coach Samballa Sissoko a fait le classement, et n’a pas osé mettre mon nom. Boubacar Sanogo venu faire un tour à l’internat dit à l’entraîneur qu’il risquait sa vie, en cas de défaite liée à ma mise à touche. En réalité, on lui avait instruit de ne pas me titulariser. Mais l’alerte de Sanogo a fait fléchir Samballa. Souvenez-vous que j’ai marqué l’unique but de cette finale de Coupe du Mali, la dernière du général Moussa Traoré. Ma force réside dans la confiance en soi et le travail”.

En tant que journaliste nous ne commentons pas les déclarations de Moustapha Diakité. Cependant, l’honnêteté nous impose de dire que plusieurs joueurs du Stade malien de Bamako (dans le cadre de notre rubrique) ont dénoncé les attitudes malveillantes du dirigeant. Certains ont même insisté pour que son nom soit cité clairement, et se disent prêts à en assumer les conséquences. Ce qui est évident, le Tribunal de l’Histoire jugera tout le monde. Ceci était une parenthèse.

Surnommé Dahleb (en référence à l’international Algérien qui a évolué au Paris Saint-Germain de 1974 à 1984), les qualités principales de Moustapha Diakité étaient le dribble éliminatoire, les jeux de tête orientée, les coups francs liftés.

Du Djoliba au Stade où nous avons suivi ses traces, il s’est fait un chemin grâce à son potentiel de renard des surfaces. Sinon sa venue au Djoliba pour la saison 1984-1985 s’assimilait à un saut dans l’inconnue, avec une multitude de questions : A-t-il sa place ? Comment il pourra chiper une place sur le banc de touche, à plus forte raison une titularisation parce que l’effectif des Rouges était de qualité dans tous les compartiments ?

C’est d’ailleurs l’une des raisons fondamentales qui a poussé l’entraîneur Karounga Kéita dit Kéké à revoir la position de Moustapha Diakité. De milieu dépositaire il le transforme en attaquant de pointe, surtout que les jeux de têtes rapportaient mieux dans la surface de réparation.

Son audace dénuée de toute complaisance au Djoliba lui ouvrira les portes de l’équipe nationale avec l’entraîneur Kidian Diallo, et l’Egyptien Amany. Celui-ci séduit par ses qualités et son calme lui avait même promis un contrat dans le Golfe.

Moustapha Diakité a commencé très jeune à l’équipe Soleil d’Afrique de Ségou, pour finir à l’AS Biton à l’occasion d’une rencontre amicale contre l’équipe nationale. Sa progression comme étoile montante du football ségovien est quelque peu estompée après son transfert au lycée privé de Sévaré, sous la tutelle de son grand frère et mentor, Bréhima Diakité dit Bri.

Le monde sportif mopticien le découvre à la faveur des compétitions scolaires et inter quartiers, où son club, l’US Sévaré, crée par son grand frère Bri dominait les débats.

Elève en 10e sa performance à la Semaine régionale de Bandiagara fera de lui l’enfant chouchou de la ville. En 1983, des dirigeants sollicitent l’indulgence de son tuteur pour son transfert au Débo Club de Mopti. Moustapha Diakité n’y reste qu’une saison. Et pour cause ! Admis au bac, première partie, son séjour à Ségou pour les vacances l’éloigne définitivement de Mopti.

Amary N’Daou (l’homme qui a tout donné au sport dans la Cité des Balanzans) s’oppose à son retour, et envoie même une délégation dans la Venise malienne, afin que Bri marque son accord pour le transfert de son cadet à l’AS Biton.

Au terme de la saison 1983-1984 sanctionnée par l’élimination de l’équipe ségovienne en demie finale de la Coupe du Mali, il dit avoir pris ses responsabilités. Déçu du non-respect des engagements pris lors de son arrivée à l’AS Biton, Moustapha Diakité débarque à Bamako, contre la volonté du puissant Amary N’Daou. Comme annoncé plus haut un concours de circonstances le conduit au Djoliba.

Après un début de saison pénible, mais soutenu et encadré par Fagnery Diarra et Idrissa Traoré dit Poker, l’enfant de Ségou tient le coup contre vents et marées. Son passage dans la famille Rouge dura deux saisons (1984-1986), confirmé par deux finales de coupes du Mali ( 1985, 1986,toutes perdues face au Stade malien de Bamako), et un titre de champion décroché en 1985. Les recrutements opérés par les dirigeants du Djoliba, notamment ceux de Beïdy Sidibé dit Baraka de l’AS Réal, et Mohamed Koné du COB, ne l’ont pas rassuré.

Il est parvenu à la conclusion que cette nouvelle donne risque de le reléguer au second plan, avec un statut de réserviste joker. Ajouté à cela le mépris dont il a été victime, pour avoir été ignoré dans le partage de douze motos Djakarta. Néanmoins, il joue une dernière saison au Djoliba, avant d’intégrer l’équipe stadiste dont certains cadres étaient sur le départ pour diverses raisons.

Ce transfert aussi au Stade malien de Bamako crée une psychose dans sa tête, eu égard à tout ce qu’il a dit au début de cet article. Il s’est imposé pour être titulaire et remporter trois coupes du Mali (1988, 1990,1992), deux titres de champion (1987, 1989) et une coupe Ufoa (1992). C’est après ce dernier sacre que Moustapha Diakité prend sa retraite footballistique pour se consacrer à d’autres activités. Détenteur de deux diplômes en fiscalité et transit, il opère dans ce domaine pour gagner sa vie et subvenir au besoin de sa famille.

Dans l’adolescence Moustapha nous a beaucoup séduit par ces coups francs liftés, sur lesquels il marquait des buts anthologiques. Qu’en est-il de son secret sur ce point précis ? “J’ai appris à tirer les coups francs dont vous parlez à la maison. Je pratiquais des jeux réduits, ce qui m’a donné des aptitudes dans les séances de tirs à l’entrainement. C’est surtout à Sevaré que je me suis spécialisé avant et après les entrainements. Je m’essayais dans toutes les positions pour avoir de l’automatisme à tirer quelles que soient la position et la distance”.

Moustapha Diakité est marié et père de quatre enfants. Dans la vie il aime la franchise, l’honnêteté, la sincérité dans les relations, le patriotisme. Il déteste l’injustice et le mensonge.

O. Roger

Tél : (00223) 63 88 24 23

 

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